‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 354 sur 1093 · MÉDÉE, JASON, NÉRINE · texte numérisé non relu

MÉDÉE, JASON, NÉRINE

MÉDÉE

Ne fuyez pas, Jason , de ces funestes lieux. C'est à moi d'en partir : recevez mes adieux. Accoutumée à fuir, l'exil m'est peu de chose; Sa rigueur n'a pour moi de nouveau que sa cause. C'est pour vous que j'ai fui, c'est vous qui me chassez. Où me renvoyez-vous , si vous me bannissez ? Irai-je sur le Phase, où j'ai trahi mon père, Apaiser de mon sang les mânes de mon frère ? Irai-je en Thessalie , où le meurtre d'un roi Pour victime aujourd'hui ne demande que moi ? 11 n'est point de climat dont mon amour fatale K'ait acquis h mon nom la haine générale ; Et ce qu'ont fait pour vous mon savoir et ma main M'a fait un ennemi de tout le genre humain. Ressouviens-t'en , ingrat ; remets-toi dans la plaine Que ces taureaux affreux brûlaient de leur haleine; Revois ce champ guerrier dont les sacrés sillons Élevaient contre toi de soudains bataillons ; Ce dragon qui jamais n'eut les paupières closes ; Et lors préfère-moi Creuse , si tu l'oses. Qu'ai-je épargné depuis qui fût en mon pouvoir ? Ai-je auprès de l'amour écouté mon devoir ? Pour jeter un obstacle à l'ardente poursuite Dont mon père en fureur touchait déjà ta fuite, Semai-je avec regret mon frère par morceau?: ? A ce funeste objet épandu sur les eaux , Mon père , trop sensible aux droits de la nature. Quitta tous autres soins que de sa sépulture; Et par ce nouveau crime émouvant sa pitié , J'arrêtai les effets de son inimitié.

Prodigue de mon sang, honte de ma famille. Aussi cruelle sœur que déloyale iille.

Ces titres glorieux plaisaient à mes amours; Je les pris sans horreur pour conserver tes jours. Alors, certes, alors mon mérite était rare ; Tu n'étais point honteux d'une femme barbare.

' Cette scène est toute de Sénftque.

Fugimus , Jason , fugimus : hoc non est novum ,

Mutare sedes ; causa fugiendi nova est , etc.

Âd quos remUiis? Phasim et Colchos pctam , etc.

niedea, act. III, «c. ii.

FI y a dans ce couplet de très-beaux vers , qui annonçaient déjà Corneille. C'est en ce sens, et c'est dans ces morceaux détachés, qu'on peut dire avec fonlenelle que Corneille s'éleva jusqu'à Médée. (V.)

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