CRÉON , POLLUX , CLÉONE
CBÉON.
Que font nos deux amants , Cléone ?
C LEONE
La princesse, Seigneur, près de Jason reprend son allégress<! ; Et ce qui sert beaucoup à son contentement , C'est de voir que Médée est sans ressentiment.
CBÉON.
Et quel dieu si propice a calmé son courage ?
CLÉONE
Jason , et ses enfants , qu'elle vous laisse en gage. La grâce que pour eux madame obtient de vous A calmé les transports de son esprit jaloux. Le plus riche présent qui fût en sa puissance A ses remercîments joint sa reconnaissance. Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyons Du Soleil son aïeul briller mille rayons , Que la princesse même avait tant souhaitée , Par ces petits héros lui vient d'être apportée, Et fait voir clairement les merveilleux effets Qu'en un cœur irrité produisent les bienfaits.
CBÉON. [dre?
Eh bien, qu'en dites-vous ? Qu'avons-nousplus à crain-
POLLUX
Si vous ne craignez rien , que je vous trouve à plain- CBÉON. [dre!
Un si rare présent montre un esprit remis.
POLLUX
J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis ' , Us font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes. Je connais de Médée et l'esprit et les charmes, Et veux bien m'exposer au plus cruel trépas, Si ce rare i)résent n'est un mortel appas.
CBÉON.
Ses enfants si chéris , qui nous servent d'otages, INous peuvent-ils laisser quelque sorte d'ombrages?
' Ce vers esl la traduction de ce beau vers de Virgile : Timeo Danaos , et dona ferentes.
Et Virgile lui-mèmr a pris ce vers d'Homère mot à mof . Quand on imite de tels vers, qui sont devenus proverbes, il faut tacher que nos imitations deviennent aussi proverbes dans notre langue. On n'y peut réussir que par des mots harmonieux , aisés .1 retenir. Pour suspects les du)is, est trop rude; on doit éviter les consonnes qui se heurtent. C'est le mélange heureux des vovelles et des consonues qui fait le charme de la versification. (V.)