‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 364 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ALGÈE, en prison '.

Demeure affreuse des coupables ,

Lieux maudits , funeste séjoui'.

Dont jamais avant mon amour

Les sceptres n'ont été capables , Redoublez puissamment votre mortel effroi , Et joignez à mes maux une si vive atteinte.

" Rotrou avait mis les stances à la mode. Corneille, qui les employa, les condamne lui-mém(! dans ses Réflexions sur la tragédie. Elles ont quelque rapport à ces odes ([ue chanlaicnt les chœurs entre les scènes sur le théâtre grec. Les Romains les imitèrent. Il me semhie que c'était l'enfance de l'art : il était bien plus aisé d'in.sérer ces inutiles déclamations entre neuf ou dix scènes qui composaient une tragédie , que de trouver dans son sujet même de quoi animer toujours le théâtre , et de soutenir une longue intrigue toujours intéressante. Lorsque notre théâtre commença à sortir de la barbarie, et de rasser\ issement aux u.sages anciens, pire encore (|ue la barbarie, on substitua à ces od(;s des chœurs qu'on voit dans (;arnier, dans Jodelle et dans Daïf, des stances que les personnages récitaient. Cette mode a duré cent années; le dernier exemple que nous ayons des stances est dans la Théhaîdc. Racine se corrigea bientôt de ce défaut : il sentit ((ue cette mesure , différente de la mesure employée dans la pièce , n'était pas naturelle ; que les personnages ne devaient pas changer le langage convenu ; qu'ils devenaient poôlos mal à propos. (V.)

Que mon âme chassée , ou s'enfuyant de crainte. Dérobe à mes vainqueurs le supplice d'un roi.

Le triste bonheur où j'aspire !

Je ne veux que hfiter ma mort ,

Et n'accuse mon mauvais sort

Que de souffrir que je respire.

Puisqu'il me faut mourir, que je meure à mon choix; Le coup m'en sera doux , s'il est sans infamie : Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie, C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois.

Malheureux prince, on te méprise

Quand tu t'arrêtes à servir :

Si tu t'efforces de ravir,

Ta prison suit ton entreprise.

Ton amour qu'on dédaigne, et ton vain attentat, D'un éternel affront vont souiller ta mémoire : L'un t'a déjà coûté ton repos et ta gloire ; L'autre te va coûter ta vie et ton État.

Destin , qui punis mon audace ,

Tu n'as que de justes rigueurs ;

Et s'il est d'assez tendres cœurs

Pour compatir à ma disgrâce, ]\Ion feu de leur tendresse étouffe la moitié , Puisqu'à bien comparer mes fers avec ma flamme , Un vieillard amoureux mérite plus de blâme Qu'un monarque en prison n'est digne de pitié.

Cruel auteur de ma misère,

Peste des cœurs , tyran des rois ,

Dont les impérieuses lois

IS'épargnent pas même ta mère.

Amour, contre Jason tourne ton trait fatal ; Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance : Atterre son orgueil , et montre ta puissance A perdre également l'un et l'autre rival '.

Qu'une implacable jalousie

Suive son nuptial flambeau ;

Que sans cesse un objet nouveau

S'empare de sa fantaisie; Que Corinthe à sa vue accepte tin autre roi ; Qu'il puisse voir sa race à ses yeux égorgée; Et , pour dernier malheur, qu'il ait le sort d'/Egée , Et devieime à mon âge amoureux comme moi !

' Quand même ces stances ennuyeuses et mal écrites auraient été aussi bonnes que la meilleure ode d'Horace, elles ne feraient aucun effet, parce qu'elles sont dans la bouche d'un vieillard ridicule, amoureux comme un vieillard de comédie. Ce n'est pas assez au théâtre qu'une scène soit belle par ellc-mémc, il faut qu'elle soit belle dans la place où elle est. ( V. J

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