‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 381 sur 1093 · L'ILLUSION, ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

L'ILLUSION, ACTE II, SCÈNE II

Et je te veux conter une étrange aventure

Qui jeta du désordre en toute la nature ,

Mais désordre aussi grand qu'on en voie arriver.

Le Soleil fut un jour sans se pouvoir lever.

Et ce visible dieu , que tant de monde adore,

Pour marcher devant lui ne trouvait point d'Aurore :

On la cherchait partout , au lit du vieux Tithon ,

Dans les bois de Céphale, au palais de Memnon;

Et faute de trouver cette belle fourrière.

Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière.

Oîi pouvait être alors la reine des clartés?

MATAMORE

Au milieu de ma chambre à m'offrir ses beautés : Elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes; Mon cœur fut insensible à ses plus puissants charmes; Et tout ce qu'elle obtint par son frivole amour Fut un ordre précis d'aller rendre le jour.

CLINDOR

Cet étrange accident me revient en mémoire ; J'étais lors en Mexique, où j'en appris l'histoire, Et j'entendis conter que la Perse en courroux De l'affront de son dieu murmurait contre vous.

MATAMORE

J'en ouïs quelque chose, et je l'eusse punie; Mais j'étais engagé dans la Transylvanie, Où ses ambassadeurs , qui vinrent l'excuser, A force de présents me surent apaiser.

CLINDOR

Que la clémence est belle en un si grand courage !

MATAMORE

Contemple, mon ami, contemple ce visage; Tu vois un abrégé de toutes les vertus. D'un monde d'ennemis sous mes pieds abattus , Dont la race est périe , et la terre déserte , Pas un qu'à son orgueil n'a jamais du sa perte. Tous ceux qui font hommage à mes perfections Conservent leurs États par leurs submissions. En Europe, où les rois sont d'une humeur civile , Je ne leur rase point de château ni de ville ; Je les souffre régner : mais, chez les Africains, Partout où j'ai trouvé des rois un peu trop vains , J'ai détruit les pays pour punir leurs monarques; Et leurs vastes déserts en sont de bonnes marques ; Ces grands sables qu'à peine on passe sans horreur Sont d'assez beaux effets de ma juste fureur.

Revenons à l'amour ; voici votre maîtresse.

MATAMORE

Ce diable de rival l'accompagne sans cesse.

CLINDOK.

OÙ vous retirez-vous ?

MATAMORE

Ce fat n'est pas vaillant ,

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