‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 394 sur 1093 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

GÉRONTE, MATAMORE, CLINDOR

MATAMORE, à Clilldor.

Ne doit-on pas avoir pitié de ma fortune? Le grand vizir encor de nouveau m'importune; Le Tartare, d'ailleurs, m'appelle à son secours; Narsingue et Calicut m'en pressent tous les jours : Si je ne les refuse , il me faut mettre en quatre.

CLINDOR

Pour moi , je suis d'avis que vous les laissiez battre. Vous emploiriez trop mal vos invincibles coups

Si pour en servir un vous faisiez trois jaloux.

MA.TAMOBE.

Tu dis bien ; c'est assez de telles courtoisies ; Je ne veux qu'en amour donner des jalousies.

Ah ! monsieur, excusez , si , faute de vous voir, Bien que si près de vous , je manquais au devoir. l\Iais quelle émotion paraît sur ce visage? Où sont vos ennemis , que j'en fasse carnage ?

GÉRONTE

Monsieur, grâces aux dieux, je n'ai point d'ennemis.

MATAMORE

Mais grâces à ce bras qui vous les a soumis.

GÉBONTE.

C'est une grâce encor que j'avais ignorée.

MATAMORE

l")cpuis que ma faveur pour vous s'est déclarée , Ils sont tous morts de peur, ou n'ont osé branler.

GÉRONTE

C'est ailleurs, maintenant, qu'il vous faut signaler : Il fait beau voir ce bras, plus craint que le tonnerre, Demeurer si paisible en un temps plein de guerre ; TA c'est pour acquérir un nom bien relevé , D'être dans une ville à battre le pavé. Chacun croit votre gloire à faux titre usurpée , Et vous ne passez plus que pour traîneur d'épée.

MATAMORE

Ah , ventre ! il est tout vrai que vous avez raison ; ]\Iais le moyen d'aller, si je suis en prison? Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes Ont captivé mon cœur, et suspendu mes armes.

GÉRONTE

Si rien que son sujet ne vous tient arrêté ,

Faites votre équipage en toute liberté ;

Elle n'est pas pour vous ; n'en soyez point en peine.

MATAMORE

Ventre! que dites-vous? je la veux faire reine.

GÉROXTE.

Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois Du grotesque récit de vos rares exploits. La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle : En un mot , faites reine une autre qu'Isabelle, Si pour l'entretenir vous venez plus ici...

MATAMORE

Il a perdu le sens, de me parler ainsi. Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable Met le Grand Turc en fuite, et fait trembler le diable ; Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment?

GÉRONTE

J'ai chez moi des valets à mon commandement , Qui , n'ayant pas l'esprit de faire des bravades, Répondraient de la main à vos rodomontades.

MATAMORE , « Clvidor.

Dis-lui ce que j'ai lait en nulle et mille licuA.

L'ILLUSIOiN, ACTE III, SCÈNE V.

GEROXTE.

Adieu. Modérez-vous, il vous en prendra mieux. Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent , J'ai le sang un peu chaud , et mes gens m'obéissent.

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