‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 424 sur 1093 · D'AIGUILLON · texte numérisé non relu

D'AIGUILLON

Madame ,

Ce portrait vivant que je vous offre représente un héros assez reconnaissableaux lauriers dont il est couvert. Sa vie a été une suite continuelle de victoires; son corps, porté dans son armée, a gagné des batailles après sa mort; et son nom, au bout de six cents ans, vient encore triompher en France. Il y a trouvé une réception trop favotable {Mjur se repentir d'être sorti de son pays , et d'avoir appris à parler une autre langue que la sienne. Ce succès a passé mes plus ambitieuses espérances, et m'a surpris d'abord; mais il a cessé de m'étonner depuis que j'ai vu la satisfactit)n «lue vous avez témoignée quand il a paru devant vous. Alors j'ai osé me promettre de lui tout ce qui en est arrivé, et j'ai cru qu'après les éloges dont vous l'avez honoré, cet applaudissement universel ne lui pouvait manquer. Et véritablement, Madame, on ne peut douter avec raisou de ce que vaut une chose qui a le bonheur de vous plaire; le jugement que vous en faites est la marque assurée <lc son piix : et comme vous donnez toujours libéralement aux véritables beautés l'estime qu'elles méritent, les fausses n'ont jamais le pouvoir de vous éblouir. Mais votre générosité ne s'arrête pas à des louanges stériles pour les ouvrages qiii vous agréent; elle |uend plaisir à s'étendre utilement sur ceux qui les produisent, et ne dédaigne point d'employer en leur faveur ce grand crédit ^ que votre qualité et vos vérins vous ont acquis. J'en ai ressenti des effets qui me sont trop avantageux pour m'en taire, et je ne vous dois pas moins <le remerclments pour moi que poin- le Cm. C'est une reconnaissance qui m'est glorieuse, puis-

' Marie-Madcli'ine de Vigncrot, lille de la srrur du cardinal cl il(-, Rcw (If Vif;nprot,si'iRn('ur(le Poiit-Courley. Elle épousa le manpiis du Pionri; de Conibalet, et fut dan)e d'atours do la ririiK' ; elle fut duclii's.si; d'Aiguillon , de son chef, sur la lin de IG37. (V.)

' I,a (luclu's.si! d'Aiguillon avait un Irt'S-grand cn'dit, on offet, sur son oncle le cardin.il; et, sans elle, Corneille aurait clé cnticrcnicnt disgracié : il le fait assez, eiilondre par ces paroles. Ses ctiiK mis acharnés r.i\ aient peinl coinmeuii esprit allier ijui br.iviiil le premier minislre, cl (|ui eonfoiulail dans un mépris Rcnéral leurs ou\r.i;;es, cl le goiil de celui qui les iirolé^eail. I,a duclicsso d'Aiguillon rendit dans telle affaiie un aussi grand

qu'il m'est impossible de publier que je vous ai de grandes obligations, sans publier en mémo temps que vous m'avez assez estimé pour vouloir que je vous en eusse. Aussi , IMa- DAME, si je souhaite quelque durée pour cet heureux effort de ma plume, ce n'est point poiu' apprendre mon nom à la postérité, mais seulement pour laisser des marques éternelles de ce que je vous dois, et faire lire à ceux (pii naîtront dans les autres siècles la protestation que je fois d'étro toute ma vie,

Madame,

Votre très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur,

COKNlîlLLE.

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