I-e combat général aujourd'hui se hasarde
.T'en sus hier la nouvelle , et je n'y pris pas garde ' ;
Mon esprit rejetait ces funestes objets,
Charmé des doux pensers d'hymen et de la paix.
Ta nuit a dissipé des erreurs si charmantes ;
Mille songes affreux , mille images sanglantes,
Ou plutôt mille amas de carnage et d'horreur ,
M'ont arraché ma joie et rendu ma terreur.
J'ai vu du sang , des morts , et n'ai rien vu de suite * ;
Un spectre en paraissant prenait soudain la fuite;
Ils s'effaçaient l'un l'autre; et chaque illusion
Redoublait mon effroi par sa confusion.
JULIE
C'est en contraire sens qu'un songe s'interprète ^
CAMILLE
Je le dois croire ainsi , puisque je le souhaite ; Mais je me trouve enfin , malgré tous mes souhaits , Au jour dune bataille, et non pas d'une paix.
JTLIE.
Par là finit la guerre , et la paix lui succède.
CAMILLE
Dure à jamais le mal , s'il y faut ce remède!
Soit que Rome y succombe ou qu'A Ibe ait le dessous ^,
Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époux;
n'est pas nécessaire à la pièce; mais il produit des sentiments. Ajoutons que dans un premier acte on. permet des incidents de peu d'importance, qu'on ne souffrirait pas dans le cours d'une j intrigue tragique. ( V. )
' Elle ne prend pas garde à une bataille qui va se donner ! Le spectacle de deux armées prêtes à combattre, et le danger de son amant , ne devaient-ils pas autant l'alarmer que le discours d'un Grec au pied du mont Aventin a du la rassurer ? Le premier mouvement, dans une telle occasion , n'est-il pas de dire : Ce Grec m'a trompée; c'est un faux prophète? Avait-elle besoin d'un songe pour craindre ce que deux armées rangées en bataille devaient assez lui faire redouter? ( V. )
^ Ce songe est beau , en ce qu'il alarme un esprit rassuré par un oracle. Je remarquerai Ici qu'en général un songe, ainsi qu'un oracle, doit servir au nœud de la pièce; tel est le songe admirable d'Athalie : elle voit un enfant en songe, elle trouve ce même enfant dans le temple ; c'est là que l'art est poussé à sa perfection.
Un rêve qui ne sert qu'à faire craindre ce qui doit arriver ne peut avoir que des benwlés de détail , n'est qu'un ornement passager. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un remplissage. Mille songes , viille images , mille amas , sont d'un style trop négligé , et ne disent rien d'assez positif. ( V. )
^ Pourquoi un songe s'inlerprète-t-il en sens contraire? Voyez les songes expliqué, par Joseph , par Daniel ; ils sont funestes par eux-mêmes et par leur explication. (V. )
^ Avoir le dessus ou le dessous ne se dit que dans la poésie burlesque; c'est le di sopra et le di sotlo des Italiens. L'Ariosfe emploie cette expression lorsqu'il se permet le comique; le Tasse ne s'en sert jamais. (V.) — Racine a dit dans Phèdre:
Votre frère remporte, et Plicdre a le dessus,
et Racine ne crut pas faire un vers burlesque. En général , Voltaire est trop Iraiiclianl dans les exclusions qu'il donne à de cer-
Jamais , jamais ce nom ne sera pour un homme Qui soit ou le vainqueur, ou l'esclave de Rome.
Mais que! objet nouveau se présente en ces lieux ? Est-ce toi, Curiace? en croirai-je mes yeux?