‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 487 sur 1093 · HORACE, CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

HORACE, CURIACE, CAMILLE

HOKACE.

A vez-vous su l'état qu'on fait de Curiace » , Rlasœur?

CAMILLE

Hélas ! mon sort a bien changé de face.

HORACE

Armez-vous de constance, et montrez-vous ma sœur ; Et si par mon trépas il retourne vainqueur. Ne le recevez point en meurtrier d'un frère , Mais en homme d'honneur qui fait ce qu'il doit faire. Qui sert bien son pays , et sait montrer à tous , Par sa haute vertu , qu'il est digne de vous. Conune si je vivais, achevez l'hyménée; Mais si ce ifer aussi tranche sa destinée ,

(|ui pensait le plus noblement , qu'outre la fierté déplacée d'Horncc, il y a une ironie, une amertume, un mépris dans sa réponse, qui sont plus déplacés encore. (V.)

Des beautés d'un ordre supérieur, telles que ce caractère si fortement imaginé et si bien soutenu du jeune Horace, pouvaient échapper au marquis de Vauvenargues, qui n'éiait guère, avec beaucoup d'esprit et des vues très-lines, que ce qu'on appelait alors dans le monde un homme de bonne compagnie. Ces vieux Romains, dont Corneille avaitsi bien saisi le génie, pouvaient paraître démesurés dans un souper de Paris; mais Corneille les avait conçus tels qu'ils étaient peints dans l'histoire, ne voyant rien hors de leur patrie, qui était tout pour eux. Voltaire avait très-bien ob-servé que , par cette réponse austère , Horace préparait le spectateur au meurtre de Camille : il pouvait ajouter encore que, dés la scène précédente, ce même Horace avait établi ce grand caractère qu'il doit garder toute la pièce, en disant à Curiace, avec l'enthousiasme d'un vraiRonmin :

Quoi ! vous me pleureriez inourniit pour mon pays !

Voltaire .se laissait tromper par l'amitié qu'il avait eue pour M. de Vauvenargues; il oubliait, en s'abaissanl aux fonctions de commentateur, ce noble enthousiasme qui l'avait animé lorsque lui-même traçait, dans la manière de Corneille, le caractère des deux Brutus. ( P.)

' Foici t'cnirnt' se dit plus. Pourquoi fait-il un si bel effelen italien, Ecrr venir la hurbitra rcina , et qu'il en fait un si mauvais en français? IS'cst-ce point parci; (pie l'italien fait toujours '.isage de rinlinilif? Vn bel tarer; nous ne disons pas un beau tain: C'est dans ces exemples que se découvre le génie des langues. (V.)

' L'étal ne se dit plus , et ji; voudrais qu'on le dit ; notre langue n'est pas assez riche pour bannir tant de termes dont Corneille s'est ser>l heureusement. (V.)

Faites à ma victoire un pareil traitement, Ne me reprochez point la mort de votre amant. Vos larmes vont couler, et votre cœur se presse. Consumez avec lui toute cette faiblesse. Querellez ciel et terre , et maudissez le sort ; Mais après le combat ne pensez plus au mort.

(à Curiace.) Je ne vous laisserai qu'un moment avec elle , Puis nous irons ensemble où l'honneur nous appelle.

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