‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 488 sur 1093 · CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE

CAMILLE

Iras-tu , Curiace? et ce funeste honneur

Te plaît-il aux dépens de tout notre bonheur.?

CURIACE

Hélas! je vois trop bien qu'il faut, quoi que je fasse , Mourir, ou de douleur, ou de la main d'Horace. Je vais comme au supplice à cet illustre emploi ; Je maudis mille fois l'état qu'on fait de moi : Je hais cette valeur qui fait qu'Albe m'estime ; Ma flamme au désespoir passe jusques au crime, Elle se prend au ciel , et l'ose quereller. Je vous plains , je me plains ; mais il y faut aller.

CAMILLE

Non ; je te connais mieux , tu veux que je te prie , Et qu'ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie '. Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits : Albe a reçu par eux tout ce que tu lui dois. Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre ; Autre de plus de morts n'a couvert notre terre ' : Ton nom ne peut plus croître , il ne lui manque rien ; Souffre qu'un autre aussi puisse ennoblir le sien.

CURIACE

Que je souffre à mes yeux qu'on ceigne une autre tête Des lauriers immortels que la gloire m'apprête, Ou que tout mon pays reproche à ma vertu Qu'il aurait triomphé si j'avais combattu , Et que sous mon amour ma valeur endormie Couronne tant d'exploits d'une telle infaim'e ! Non , Albe, après l'honneur que j'ai reçu de toi , Tu ne succomberas ni vaincras que par moi ; Tu m'as commis ton sort, je t'en rendrai bon compte. Et vivrai sans reproche, ou périrai sans honte.

CAMILLE

Quoi! tu ne veux pas voir qu'ainsi tu me trahis!

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