IV, SCENE IL
Hélas!
CAMILLE
VALKRE.
Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place. Et redouble bientôt la victoire d'Horace ' : Son courage sans force est un débile appui ; Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L'air résonne dos cris qu'au ciel chacun envoie ; Albe en jette d'angoisse, et les Romains de joie ^ Comme notre héros se voit près d'aclievcr. C'est peu pour lui de vaincre , il veut encor braver ^ : « J'en viens d'immoler deux aux mânes de mes frères, « Rome aura le dernier de mes trois adversaires , « C'est à ses intérêts que je vais l'immoler, » Dit-il ; et tout d'un temps on le voit y voler. La victoire entre'eux deux n'était pas incertaine ; L'Albain percé de coups ne se traînait qu'à peine, Et, comme une victime aux marches de l'autel , Il semblait présenter sa gorge au coiq) mortel : Aussi le reçoit-il, peu s'en faut, sans défense, Et son trépas de Rome établit la puissance.
LE VIEIL HORACE
O mon fils! ô ma joie! ô l'honneur de nos jours! O d'un État penchant l'inespéré secours ! Vertu digne de Rome , et sang digne d'Horace ! Appui de ton pays , et gloire de ta race ! Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments? Quand pourra luon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d'allégresse?
VALÈRE
Vos caresses bientôt pourront se déployer ; Le roi dans un moment vous le va renvoyer. Et remet à demain la pompe qu'il prépare D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare ; Aujourd'hui seulement on s'acquitte vers eux Par des chants de victoire et par de simples vœux. C'est où le roi le mène •< , et tandis il m'envoie Faire office vers vous de douleur et de joie ^ ;
' Redouble la victoire, qcmiiuUâ Victoria, expression plus latine que française. (L\ H.)
^ On ne dit plus guère angoisse, et pourquoi? quel mol lui a-t-on substitué? Douleur, horreur, peine, a/Jlirtion, ne sont pas des équivalents : angoisse exprime la douleur pressante et la crainte à la fois. (V.)
3 Brnwr est un verbe actif qui demande toujoursuii régime ; de plus, ce n'est pas ici une bravade, c'est un senlimcnl généreux d'un citoyen qui venge ses frères et sa patrie. (V.)
4 Mener à des chants et à des vœux, n'est ninobU^ ni jii.->le; mais le récit de Valère a été si beau , qu'on pardonne ai.-.éiiKiil ces petites fautes. (V.)
5 Tandis, sans un que, est absolument proscrit, et n'esj; plus permis (|ue dans une espèce de style liurlesque et naïf, (ju'on nomme marolique : Tandis ta perdrix vire.
Taire ol'/ice de douleur n'e.st plus français, et je ne sais s'iJ In jauKii» clé : on dit familièrement, Juin- office d'ami, njfici