‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 505 sur 1093 · LE VIEIL HORACE, VALÈRE, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE VIEIL HORACE, VALÈRE, CAMILLE

VALÈRE

Envoyé par le roi pour consoler un père , Et pour lui témoigner...

LE VIEIL HORACE

IN'en prenez aucun soin :

C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin ; Et j'aime mieux voir morts que couverts d'infamie Ceux que vient de m'ôter une main ennemie. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'hnn- II me suffit. [neur,

VALÈRE.'

Mais l'autre est un rare bonheur; De tous les trois chez vous il doit tenir la place.

LE VIEIL HORACE

Que n'a-t-on vu périr en lui le nom d'Horace!

VALÈRE

Seul vous le maltraitez après ce qu'il a fait.

LE VIEIL HORACE

C'est à moi seul aussi de punir son forfait ^.

VALÈRE

Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite?

LE VIEIL HORACE

Quel éclat de vertu trouvez -vous en sa fuite?

VALÈRE

La fuite est glorieuse en cette occasion.

LE VIEIL HORACE

Vous redoublez ma honte et ma confusion 4.

' Derechef ei la troupe céleste sont hors d'usage. La troupe céleste est bannie du style noble, surtout depuis que Scarron l'a employée dans le style burlesque. (V.)

* Pour mon regard est suranné et hors d'usage; c'est pourtant une expression nécessaire. (V.)

3 Si son lils est coupable d'un forfait envers Rome, pourquoi serait-ce au père seul à le punir? (V.)

' le ne sais s'il n'y a pas dans cette scène unartificetrop visi

HORACE, ACTE

Certes, l'exempie est rare et digne de mémoire J)e trouver dans !a fuite un chemin a la gloire.

VALÈRE

Quelle confusion, et quelle honte à vous D'avoir produit un fils qui nous conserve tous , Qui fait triompher Rome , et lui gagne un empire ? A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire?

LE VIEIL HORACE

Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire cnlin. Lorsque Albe sous ses lois range notre destin ' ?

VALÈRE

Que parlez-vous ici d'Albe et de sa victoire? Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire ?

LE VIEIL HORACE

Je sais que par sa fuite il a trahi l'État.

VALÈRE

Oui , s'il eût en fuyant terminé le combat ; Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en homme Qui savait ménager l'avantage de Rome.

LE VIEIL HORACE

Quoi , Rome donc triomphe * !

VALÈRE

Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez.

Resté seul contre trois , mais en cette aventure Tous trois étant blessés, et lui seul sans blessure , Tropfaiblepoureuxtous, trop fort pourchacun d": iix, Il sait bien se tirer d'un pas si hasardeux; Il fuit pour mieux combattre, et cette prompte ruse Divise adroitement trois frères qu'elle abuse. Chacun le suit d'un pas ou plus ou moins presse , Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé ; Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite; Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite. Horace les voyant l'un de l'autre écartés , Se retourne, et déjà les croit demi domptés : Il attend le premier, et c'était votre gendre. L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'attendre, En vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur. Le sang qu'il a perdu ralentit sa vigueur. A Ibe à son tour commence à craindre un sort contraire; Klle crie au second qu'il secoure son frère .■ 11 se hâte et s'épuise en efforts superflus; Il trouve en les joignant que son frère o'est plus.

l)le, une méprise trop longtemps .soulenue. Il semble que l'auteur ait eu plus d'éK^uds aujeu de lliéàlre qu'à la vraisemblance. C'est le même défaut (jue dans la scène de Chimène avec don Sanche, dans le Cid.Cv. petitel faible artilice, dont Corneille se sert trop souvent, n'est pas la véritable tragédie. ( V.)

' On ne range point ainsi un destin. ( V.) — La pbra.se de Corneille est poéli(|ue, le sens en est. très-clair; et nous croyons qn'aujourd'bui même cette expression serait admise. (P.)

* Quecemol e.sl paihétiquelcoinmeil sorldesentraillesd'un Aioux rvomaini (Y)

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