‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 515 sur 1093 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE VIEIL HORACE, UOilACE.

LE VIEIL HORACE

Retirons nos regards de cet objet funeste,

Pour admirer ici le jugement céleste :

Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il faut

Confondre notre orgueil qui s'élève trop haut :

Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse^;

!l mêle à nos vertus des marques de faiblesse ,

Et rarement accorde à notre ambition

L'entier et pur honneur d'une bonne action.

.le ne plains point Camille ; elle était criminelle;

Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu'elle :

Moi , d'avoir mis au jour un cœ-ur si peu romain ;

' Sabine parle toujours de mourir : il n'en faut pas tant parler quand on ne meurt point. ( V. )

' Corneille, dans sou jugemenl sur Horace , s'exprime ainsi : Tout ce cinquième acte est encore une des causes du peu de sa tisf action que laisse cette tragédie ; il est tout cnplaidoyers , etc. Après un si noble aveu, il ne faut parler de la pièce que poiu' rendre hommage au génie d'un homme assez grand poinse rondamner Ini-mème. .Si j'ose ajouter quelque chose , c'est qu'on trouvera de beaux détails dans ces plaidoyers. 11 est \ rai tjiie cette pièce n'est pas régulière^ (ju'il y a en effet trois tragédies alisohunenl distinctes : la victoire d'Horace, la mort de «:.imille et le procès d'Horace. C'est imiter, en quelque façon, le défaut qu"(m reproche à la scène anglaise et à l'espagnole, mais les scènes d'Horace, de Curiace et du vieil Horace, sont d'une si grande beauté, qu'on reverra toujours ce poème avec plaisir quand il se trouvera des acteurs (pii auront assez de lalent pour faire sentir ce (ju'il y a d'excellent, et faire pardonner ce ((u'il y a de défectueux. (V. )

^ Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse ;

expression familière dont il ne fauljamais se servir dans le st\ le noble. En effet, des plaisirs ne woM^ point. (V.) — Cette expression nous parait plus naïve que familière, et la naïveté s'allie quelquefois très-heureusement même au sulilime. J,e plus grand (les poêles, Homère, est souvent naïf; et c'est im mérite de la traduction de madame Dacier que d'avoir conservé , plus qu'aucun autre des lradu<:leurs d'Homère, celte naïveté précieuse (jui est la grâce du génie De tous nos poètes , Voltaire est peulèlre celui chez lecjuel on en tiouve le moins d'exemples ; c'est (|u'U avoit encore plus d'espril que de génie , quoiqu'il en dit tieaucoup, et c'est l'esprit qui tue la naïveté ( P )

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