‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 514 sur 1093 · HORACE, ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

HORACE, ACTE V, SCÈNE I

SABINÎÎ.

Clierclie pour Tiiniter des âmes plus parfaites. Je ne t'impute point les pertes que j'ai faites , V J'en ai les sentiments que je dois en avoir, \ptj[e m'en prends au sort plutôt qu'a ton devoir ; Mais enfin , je renonce à la vertu romaine ' , Si , pour la posséder, je dois être inhumaine , Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur Sans y voir des vaincus la déplorable sœur. Prenons part en public aux victoires publiques , Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques, Kt ne regardons point des biens communs à tous , (^Miand nous voyons des maux qui ne sont que pour Pourquoi veux-tu, cruel, agird'uneautre sorte ?tnous. I-aisse en entrant ici tes lauriers à la porte ^ , ?\Ièle tes pleurs aux miens. Quoi ! ces lâches discours [N'arment point ta vertu contre mes tristes jours? iMon crime redoublé n'émeut point ta colère ? Que Camille est heureuse! elle a pu te déplaire; l'ille a reçu de loi ce qu'elle a prétendu , Kt recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu. Cher époux , cher auteur du tourment qui nie presse , Écoute la pitié , si ta colère cesse ; Kxcrce l'une ou l'autre, après de tels malheurs , A punir ma faiblesse, ou finir mes douleurs : Je demande la mort pour grâce, ou pour supplice; Qu'elle soit un effet d'amour ou de justice , N'importe ; tous ses traits n'auront rien que de doux. Si je les vois partir de la main d'un époux.

HORACE

Quelle injustice aux dieux d'abandonner aux femmes Un empire si grand sur les plus belles ames^ , Et de se plaire à voir de si faibles vainqueurs llégner si puissamment sur les plus nobles cœurs ! A quel point ma vertu devient-elle réduite ■". Hicn ne la saurait plus garantir que la fuite. Adieu. Ne me suis point, ou retiens tes soupirs.

' C'est une ii-pé(ilion un peu fioldc des vers de Cuiiace

Je rends grAres aux dieux de n'être pas Rumuin .

^ On senl a.ssez qu'ar/ir d'une autre sorle , et laix:ier trant tes lauriers à la porte, ne sont des expressions ni nobles ni tragiques, et que toute cette tirade est une déclamation oiseuse dune femme inutile. (V.)

^ Cette tendresse ••.sl-clle convenable ii ra.ssassin de sa sœur, qui n'a aucun remords de cette indigne action , et (jui parle encore de sa vertu? Voyt-z comme ces sentences et ces discours vagues sur le pouvoir des femmes conviennent peu devant le corps sanglant de ('..imille qu'Horace vient d'assassiner? (V.)

4 Devient réduite n'est pas français. Ce mol dci^euirnc cou vient jamais qu'aux afIVctions de l'.inie : on devient faible, niallieureux;, hardi , timide , etc. ; mais ou ne devient pas forcé à , réduit à. ( V . ) — Nous con\ enous que le vers de Corneille n'est pas français; mais Voltaire se, trompe lorsqu'il ajoute que le mot devenir ne convient qu'aux affections de l'àme : on devient Vieux , aveuRle , sourd , paralytique , on devient i iclie , pauvre , Pl€ ctc ( p. )

SABl^E, seule.

O colère , ô pitié , sourdes à mes désirs , Vous négligez mon crime, et ma douleur vous lasse, Et je n'obtiens de vous ni supplice ni grâce! Allons-y par nos pleurs faire encore un effort, Et n'employons après que nous à notre mort ■ .

VCTE CINQUIÈME.

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