‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 518 sur 1093 · HORACE, ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

HORACE, ACTE V, SCÈNE II

Non (jiie nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent; S'il en reçoit beaucoup , ses hauts faits les méritent ; Ajoutez-y plutôt^ue d'en diminuer ; Nous sommes tous encor prêts d'y contribuer : Mais puisque d'un tel crime il s'est montré capable , Qu'il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains, Si vous voulez régner, le reste des Romains ; Il y va de la perte ou du salut du reste.

La guerre avait un cours si sanglant , si funeste , Et les nœuds de l'hjmen , durant nos bons destins, Ont tant de fois uni des peuples si voisins, Qu'il est peu de Romains que le parti contraire N'intéresse en la mort d'un gendre ou d'un beau-frère, Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs. Dans le bonheur public, à leurs propres malheurs. Si c'est offenser Rome , et que l'heur de ses armes L'autorise à punir ce crime de nos larmes, Quel sang épargnera ce barbare vainqueur, ^ui ne pardonne pas à celui de sa sœur. Et ne peut excuser cette douleur pressante Que la mort d'un amant jette au cœur d'une amante, Quand, près d'être éclairés du nuptial flambeau , Elle voit avec lui son espoir au tombeau.? Faisant triompher Rome , il se l'est asservie; Il a sur nous un droit et de mort et de vie ; Et nos jours criminels ne pourront plus durer Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'endurer.

Je pourrais ajouter aux intérêts de Rome Combien un pareil coup est indigne d'un homme; Je pourrais demander qu'on mît devant vos yeux Ce grand et rare exploit d'un bras victorieux : Vous verriez un beau sang , pour accuser sa rage , D'un frère si cruel rejaillir au visage : \ ous verriez des horreurs qu'on ne peut concevoir; Son âge et sa beauté vous pourraient émouvoir : Mais je hais ces moyens qui sentent l'artiflce '. Vous avez à demain remis le sacriflce ; Pensez-vous que les dieux , vengeurs des innocents , D'une main parricide acceptent de l'encens? Sur vous ce sacrilège attirerait sa peine ; j\e le considérez qu'en objet de leur haine. Et croyez avec nous qu'en tous ses trois combats Le bon destin de Rome a plus fait que son bras , Puisque ces mêmes dieux , auteurs de sa victoire , Ont permis qu'aussitôt il en souillât la gloire , Et qu'un si grand courage, après ce noble effort, Filt digne en même jour de triomphe et de mort. Sire , c'est ce qu'il faut que votre arrêt décide. En ce lieu Rome a vu le premier parricide ,

paie : il n'est ni dans lef-énie de cos (cnips-là, ni dans le caractère d'un amant qui parle contre J'assassin de sa niaitrcsse (V.) • Ce trait est de l'art oratoire , et non de l'art tragi(|uc ; mais quelque chose que put dir« Valere , il ne pouvait loucher. ( V .)

La suite en est à craindre , et la haine des cieux. Sauvez-nous de sa main, et redoutez les dieux.

TULLK.

Défendez- vous, Horace.

HOBACE.

A quoi bon me défendre ?

Vous savez l'action , vous la venez d'entendre ; Ce que vous en croyez me doit être une loi. Sire , on se défend mal contre l'avis d'un roi ; Et le plus innocent devient soudain coupai)!.,' , Quand aux yeux de son prince il paraît coiulanmabie. C'est crime qu'envers lui se vouloir excuser. Notre sang est son bien , il en peut disposer ; Et c'est à nous de croire , alors qu'il en dispose, Qu'il ne s'en prive point sans une juste cause. Sire , prononcez donc , je suis prêt d'obéir D'autres aiment la vie , et je la dois haïr. Je ne reproche point à l'ardeur de Valère Qu'en amant de la sœur il accuse le frère : Mes vœux avec les siens conspirent aujourd'h.ui ; 11 demande ma mort , je la veux comme lui. Un seul point entre nous met cette différence. Que mon honneur par là cherche son assurance , Et qu'à ce même but nous voulons arriver. Lui pour flétrir ma gloire, et moi pour la sauver.

Sire, c'est rarement qu'il s'offre une matière A montrer d'un grand cœur la vertu tout enlièrc ■ . Suivant l'occasion elle agit plus ou moins , Et paraît forte ou faible aux yeux de ses témoins. Le peuple , qui voit tout seulement par l'écorce , S'attache à son effet pour juger desa force; 11 veut que ses dehors gardent un même cours , Qu'ayant fait un miracle , elle en fasse toujours : Après une action pleine , liante , éclatante , Tout ce qui brille moins remplit mal son attente : Il veut qu'on soit égal en tout temps, en tous lieux ; Il n'examine point si lors on pouvait mieux , Ni que , s'il ne voit pas sans cesse une merveille , L'occasion est moindre , et la vertu pareille : Son injustice accable et détruit les grands noms ; L'hoimeur des premiers faits se perd par les seconds; Et quand la renommée a passé l'ordinaire , Si l'on n'en veut déchoir, il ne faut plus rien faire.

Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre majesté, sire, a vu mes trois combats : Il est bien nii^aisé qu'un pareil les seconde , Qu'une autre occasion à celle-ci réponde, Kt que tout mon courage , après de si grands coups , Parvienne à des succès qui n'aillent au-dessous ; Si bien que, pour laisser une illustre mémoire , La mort seule aujourd'hui peut conserver ma gloire :

Ces vers sonlljcaux, parce qu lis sont \iaiiit hiin écrit*.

Ni

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