TIRCIS, MÉLITE
TIRCIS
Maintenant que le sort , attendri par nos plaintes. Comble notre espérance et dissipe nos craintes , Que nos contentements ne sont plus traversés Que par le souvenir de nos malheurs passés, Ouvrons toute notre âme à ces douces tendresses Qu'inspirent aux amants les pleines allégresses; Et d'un commun accoi'd chérissons nos ennuis , Dont nous voyons sortir de si précieux fruits.
Adorables regards , fidèles interprètes Par qui nous expliquions nos passions secrètes , Doux truchements du cœur, qui déjà tant de fois M'avez si bien appris ce que n'osait la voix. Nous n'avons plus besoin de votre confidence ; L'amour en liberté peut dire ce qu'il pense , Et dédaigne un secours qu'en sa naissante ardeur Lui faisaient mendier la crainte et la pudeur. Beaux yeux, à mon transport pardonnez ce blasphème !
Sj MÉLITE, ACTE
La lioudie csl impuissante nu Tamour est extrême ; Quand l'espoir est permis , elle a droit de parler; ÎVIais vous allez plus loin qu'elle ne peut aller. Ne vous lassez donc point d'en usurper l'usage ; El quoi qu'elle m'ait dit , dites-moi davantage. ]\Iais tu ne me dis mot , ma vie ! et quels soucis T'obligent à te taire auprès de ton Tircis ?
MÉLITE
Tu parles à mes yeux , et mes yeux te répondent.
TIRCIS
Ali ! mon heur , il est vrai , si tes désirs secondent Cet amour qui paraît et brille dans tes yeux , .Te n'ai rien désormais à demander aux dieux.
MÉLITE
Tu t'en peux assurer ; mes yeux, si pleins de flamme,
Suivent l'instruction des mouvements de l'ame ;
On en a vu l'effet , lorsque ta fausse mort
A fait sur tous mes sens un véritable effort :
On en a vu l'effet , quand , te sachant en vie ,
De revivre avec toi j'ai pris aussi l'envie :
On en a vu l'effet , lorsqu'à force de pleurs
Mon amour et mes soins, aidés de mes douleurs ,
Ont fléchi la rigueur d'une mère obstinée
Et gagné cet aveu qui fait notre hyménée ;
Si bien qu'à ton retour ta chaste affection
Ne trouve plus d'obstacle à sa prétention.
Cependant l'aspect seul des lettres d'un faussaire
Te sut persuader tellement le contraire ,
Oiie sans vouloir m'cntendre, et sans me dire adieu ,
Jaloux et furieux tu partis de ce lieu.
TIKCIS.
.l'en rougis; mais apprends qu'il n'était pas possible
D'aimer comme j'aimais, et d'être moins sensible ;
Qu'un juste déplaisir ne saurait écouter
La raison qui s'efforce à le violenter ;
Et qu'après des transports de telle promptitude .
Ma flamme ne te laisse aucune incertitude.
MÉLITE
Tout cela serait peu , n'était que ma bonté T'en accorde un oubli sans l'avoir mérité , Et que , tout criminel , tu m'es encore aimable.
Tiacis.
.Te me tiens donc heureux d'avoir été coupable , Puisque l'on me rappelle au lieu de me bannir. Et qu'on me récompense au lieu de me punir. J'en aimerai l'auteur de cette perfidie ; Et si jamais je sais quelle main si hardie...