CINNA, EMILIE, ÉVANDRE, FULVIE
EVANDRE
Seigneur, César vous mande , et Maxime avec vous •>.
CINNA
Et Maxime avec moi ! Le sais-tu bien , Évandre ?
ÉVANDKE.
Polyclète est encor chez vous à vous attendre , Et filt venu lui-même avec moi vous chercher. Si ma dextérité n'eiU su l'en empêcher ; Je vous en donne avis , de peur d'une surprise. Il presse fort.
iEMILIE.
Mander les chefs de l'entreprise!
Tous deux! en même temps! Vous êtes découverts.
CINNA
Espérons mieux, de grâce.
^EMILIE
Ah , Cinna ! je te perds !
Et les dieux , obstinés à nous donner un maître, Parmi tes vrais amis ont mêlé quelque traître.
• Il faudrait , va , marche ; on ne dit pas plus allons marcher qu'allons aller. (V.)
* Convie est une très-belle expression ; elle était très-usitée dans le grand siècle de Louis XIV. Il est à souhaiter que ce mot continue d'être en usage. (V.)
^ Ailleurs ce mot de /«wmj'* exciterait le ris et le murmure; mais ce mol est ici confondu dans la foule des beautés de cette scène, si vive, si éloquente et si romaine. (V.)
4 L'intrigue est nouée dès le premier acte ; le plus grand intértM et le plus grand péril s'y manifestent : c'est un coup de théâtre. Remarquez que l'on s'intériîsse d';d)ord beaucoup au succès de la conspiration de Cinna et d'Emilie : i" parce que c'est une conspiration ; 2" parce que l'amant et la maîtresse sont en danger ; 3'^ parce que Ciima a peint Auguste avec toutes leii couleurs que les proscriptions méritent, et ((uc^ dans son récit il a rendu Auguste exécrable; i" parce (pril n'y a" point de spectateur qui ne prenne dans son ccrur le parti de la liberté. Il est important de faire voir (jue , dans ce premier acte , Cinna et Emilie s'emparent de tout l'intérêt; on tremble qu'ils ne soient découverts. Vous verrez qu'ensuite cet intérêt cliange, et vous jugerez si c'est un défaut ou nou. (V.)