POLYEUCTE, NÉARQUE, PAULINE, STRATONICE
POLYEUCTE. [sent 2;
C'est trop verser de pleurs; il est temps qu'ils taris- Que votre douleur cesse , et vos craintes finissent ;
parce qu'on n'est pas liors de quelque cliose qu'on a ; il est hors de mesure , et non hors de sa mesure; ce mot hors bien employé peut devenir noble :
Mais le cœur d'iimilie est hors de son pouvoir.
' Soit celle croyance n'est pas français; il faut que celle croyance soit fausse ou vérilable *. Je ne sais, au reste, si ce passage subit de la tendresse pour Sévère à la crainte pour son mari est bien naturel, si cela n'est pas ce qu'on appelU^ ajusté au théâtre : le spectateur n'est point du fout ému de ce renouvellement de crainte pour Polyeucte Ne sent-on pas qu'une femme tendre qui sort d'une conversalion tendre avec son amant, ne s'afflige que par bienséance pour son niari?(V.)
^ Si Pauline verse des pleurs, c'est son amour pourSi'vère, et le combat de cet amour et de son devoir, qui la font pleurer : il est clair qu'elle ne peut pleurer de ce que Polyeucte est sorti pendant une heure. Cette méprise de Polyeucte peut jeter un peu d'avilissement sur le rôle d'un mari qui croit qu'on a pleuré son absence, tandis qu'on a entretenu un amant. (V)
* L'exactitude prosaïque voudrait sans doute ce que Voltaire désire if i ; mais ).a poésie se dispense de cette régularité , et le vers de Corneille regagne en précision ce qu'il peut perdre en exactitude, (r ) CORKEILLF,. — TOME I.
IVIalgrc les faux avis par vos tlioiiv envoyés' , Je suis vivant , madame , et vous me revoyez.
PAULINE
Le jour est encor long , et , ce qui plus m'effraie , La moitié de l'avis se trouve déjà vraie ; J'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.
POLYEUCTE
Je le sais ; mais enfin j'en prends peu de souci. Je suis dans Mélitène, et , quel que soit Sévère , Votre père y commande , et l'on m'y considère ; Et je ne pense pas qu'on puisse avec raison D'un cœur tel que le sien craindre une trahison : On m'avait assuré qu'il vous faisait visite ', Et je venais lui rendre un honneur qu'il mérite.
Il vient de me quitter assez triste et confus ; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.
POLYEUCTE
Quoi! vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?
PAULINE
Je ferais à tous trois un trop sensible outrage^. J'assure mon repos , que troublent ses regards : La vertu la plus ferme évite les hasards ; Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte : Et pour vous en parler avec une âme ouverte , Depuis qu'un vrai mérite a pu nous enflammer, Sa présence toujours a droit de nous charmer. Outre qu'on doit rougir de s'en laisser surprendre, On souffre à résister, on souffre à s'en défendre ; Et bien que la vertu triomphe de ces feux , La victoire est pénible , et le combat honteux.
POLYEUCTE
O vertu trop parfaite , et devoir trop sincère '^ ,
• Il faut sous -entendre que vous croyez envoyés par vos dieux; car Polyeucte chrétien ne doit pas croire que les dieux des Romains envoient des songes. (V.) — Polyeucte chrétien peut le croire,'car les chrétiens regardaient les dieux des païens comme des démons qui pouvaient envoyer des songes, et opérer d'autres prestiges. Nolandi sunt iuores. (P.)
2 Discours trop familier. Polyeucte , à la vérité , joue un rôle. un peu désagréable , et n'intéresse encore en rien : revenir pour dire qu'/7 ?i'cst )xis mort, cela n'est pas tragique; et il est bien étrange que Pol3'eucte ait appris que Sévère faisait visite à sa femme avant d'avoir vu ni Polyeucte ni Félix : cela n'est ni décent ni vraisemblable ; une telle conduite est révoltante dans un homme comme Sévère; Félix aurait du aller au-devant de lui, ou Sévère aurait du rendre visite à Félix, et demander du moins à voir Polyeucte. (V.)
3 Je ferais à tous trois uu trop sensible outrage ,
est admirable. Le reste n'affaiblit-il pas ce beau vers? Pauline doit-elle dire en face à son époux que le vrai mérite de Sévère a dû l'enflammer, qu'il a droit de \acnarmerPQ\ie\ mari ne serait pas très-offensé de ce discours outrageant et très-indécent? Il répond à cette insulte : O vertu trop parfaite.' cette vertu aurait été bien plus parfaite si elle n'avait pas dit à son mari qu'il lui est pénible de résister à son amant. (V.) — Nous pensons précisément le contraire. Vertu suppose combat et victoire. (P.)
4 Un devoir n'est ni sincère ni dissimulé; et Polyeucte nu