SCÈNE PREMIÈRE
Que de soucis flottants, que de confus nuages Présentent à mes yeux d'inconstantes images! Douce tranquillité , que je n'ose espérer, Que ton divin rayon tarde à les éclairer ! Mille agitations, que mes troubles produisent. Dans mon cœur ébranlé tour à tour se détruisent ; Aucun espoir n'y coule où j'ose persister ; Aucun effroi n'y règne où j'ose m'arréter. Mon esprit , embrassant tout ce qu'il s'imagine , Voit tantôt mon bonheur, et tantôt ma ruine , Et suit leur vaine idée avec si peu d'effet , Qu'il ne peut espérer ni craindre tout à fait. Sévère incessamment brouille ma fantaisie ' : J'espère en sa vertu , je crains sa jalousie; Et je n'ose penser que d'un œil bien égal Polyeucle en ces lieux puisse voir son rival. Comme entre deux rivaux la haine est naturelle , L'entrevue aisément se termine' eu querelle; L'un voit aux mains d' autrui ce qu'il croit mériter, L'autre un désespéré qui peut trop attenter '. Quelque haute raison qui règle leur courage, L'un conçoit de l'envie , et l'autre de l'ombrage ; La honte d'un affront que chacun d'eux croit voir Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir. Consumant dès l'abord toute leur patience, Forme de la colère et de la défiance ; Kt , saisissant ensemble et l'époux et l'amant , En dépit d'eux les livre à leur ressentiment.
' Celle fantaisie devrail-elle être brouillée après les assurances de civilités réciproques? Pauline doit-elle craindre que Sévère et Polyeucle se querellent au temple? Ce monologue, qui n'est qu'une répétition de ses terreurs , et même des terreurs qu'elle ne peut avoir qu'en vertu de son rêve, lansuit un peu à la représentation : non-seulement il est long et sans chaleur; mais si Pauline est encore effrayée par son rêve, elle ne doit craindre qu'une assemblée de chrétiens , puisque c'est de chrétiens vue impie assemblée ([ui a tué son mari en songe , et qu'elle ne doit pas présumer que celte impie assemblée soit dans le temple de Jupiter. Je crois que si elle avait craint un assassinat de la part des chrétiens, cela produi rail un coup de théâtre quand on vient lui dire que son mari est chrétien lui-même. (V.)
» Cette dissertation parait bien froide. Le grand défaut de Cor neilleestde faire des raisonnements quandil fautdu sentiment. l.e public ne s'aperçut pas d'abord de ce défaut , (|ui était caché par tant de beautés; mais il augmenta avec l'âge et jeta dans toutes ses dernières piècesune langueur insupportable. Ici cille faute est un peu couverte par l'intérêt qu'on prend au rôle si iviufet si singulier de Pauline, iy.) — Singulier n'est pas le mot propre. (P.)