‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 584 sur 1093 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

POLYEUCTE , PAULINE , gardes

POLYEUCTE

Madame, quel dessein vous fait me demander? Est-ce pour me combattre , ou pour me seconder ? Cet effort généreux de votre amour parfaite Vient-il à mon secours , vient-il à ma défaite ' ? Apportez-vous ici la haine, ou l'amitié. Comme mon ennemie, ou ma chère moitié .'

PAULINE

Vous n'avez point ici d'ennemis que vous-même - ; Seul vous vous liaïssez , lorsque chacun vous ainie ; Seul vous exécutez tout ce que j'ai rêvé^ : Ne veuillez pas vous perdre, et vous êtes sauvé. A quelque extrémité que votre crime passe , Vous êtes innocent si vous vous faites grâce. Daignez considérer le sang dont vous sortez , Vos grandes actions , vos rares qualités ; Chéri de tout le peuple , estimé chez le prince , Gendre du gouverneur de toute la province 4 , Je ne vous compte à rien le nom de mon époux ; C'est un boidieur pour moi qui n'est pas grand pour Mais après vos exploits, après votre naissance, [vous : Après votre pouvoir, voyez notre espérance ^ ; Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau Ce qu'à nos tristes vœux promet un sort si beau.

Je considère plus ; je sais mes avantages , Et l'espoir que sur eux forment les grands courages ^ Ils n'aspirent enfin qu'à des biens passagers, Que troublent les soucis , que suivent les dangers , La mort nous les ravit, la fortune s'en joue; Aujourd'hui dans le trône, et demain dans la boue; Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents, Que peu de vos Césars en ont joui longtemps.

J'ai de l'ambition , mais plus noble et plus belle : Cette grandeur périt , j'en veux une immortelle ,

' Cela n'est pas français. (V.)

2 Point Cil ici um faute contre la langue ; il faut roHs n'avez d'ennemi qne vuns-mcme. (V.)

3 On a déjà dit (juc les mots rêver, songer, faire tin rCtvc , nn songe, ne sont pas du style àc la IraRédie. (V.)

4'ce toute ftàte le vers, parce (lu'il est à la fois inutile et emphatique. (V.)

5 On ne peut A\ïii aprèsvotre naissance , aprcsvotre pouvoir, comme on ilil après vos exploits. Foyez noire espérance est le conliaiie de ce (|u'elle entend ; car elle entend, Voyez la juste terreur qui nous reste, voyez où vous nous réduisez; vous, d'une si si'ande naissance, vous qui avez tant de pouvoir! (V.)

<> L'espoir (jue les grands courages forment sur des avuiilages n'esl pas une faille contre la syntax(v, mais cela n'est pas bien écrit : la raison en est qu'il ne faut pas un fjraiid coiua^o pour es|)érer une jurande fortune (piand on esl j^endre du (gouverneur de loute la province, et eslimc rU'i \i'pri>tcc (V )

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