ROSIDOR, LYSARQUE
ROSIDOR
Ce devoir, ou plutôt cette importunité , Au lieu de m'assurer de ta fidélité , Marque trop clairement ton peu d'obéissance. Laisse-moi seul, Lysarque, une heure |en ma puis- Que retiré du monde et du bruit de la cour, [sancc Je puisse dans ces bois consulter mon amour; Que là Caliste seule occupe mes pensées , Et par le souvenir de ses faveurs passées , Assure mon espoir de celles que j'attends ; Qu'un entretien rêveur durant ce peu de temps M'instruise des moyens de plaire à cette belle. Allume dans mon cœur de nouveaux feux pour elle . Knfin , sans persister dans l'obstination , Laisse-moi suivre ici mon inclination.
LYSARQUE
Cette inclination , qui jusqu'ici vous mène ,
A me la déguiser vous donne trop de peine.
Il ne faut point, monsieur, beaucoup l'examiner :
L'heure et le lieu suspects font assez deviner
Qu'en même temps que vous s'échappe quelque dame.
Vous m'entendez assez.
ROSIDOR
Juge mieux de ma flamme , Et ne présume point que je mancpu^ de foi A cellf que j'adoie , et qui briile pour mol.
J'aime mieux conlenler Ion Imineur curieuse, Qui par ces faux soupçons m'est trop injurieuse. Tant s'en faut que le change ait pour moi des appas , Tant s'en faut qu'en ces bois il attire mes pas : J'y vais... Mais pourrais-tu le savoir et le taire ?
LYSARQUE
Qu'ai-je fait qui vous porte à craindre le contraire ?
nOSIDOB.
Tu vas apprendre tout ; mais aussi , l'ayant su , Avise à ta retraite. Hier, un cartel reçu De la part d'un rival...
LYSARQUE
Vous le nommez ?
EOSIBOR.
Clitandre.
Au pied du grand rocher il me doit seul attendre; Et là, l'épée au poing, nous verrons qui des deux Mérite d'embraser Caliste de ses feux.
LYSARQUE
De sorte qu'un second...
ROSIDOR
Sans me faire une offense , Ne peut se présenter à prendre ma défense : Nous devons seul à seul vider notre débat.
LYSARQUE
Ne pensez pas sans moi terminer ce combat : L'écuyer de Clitandre est homme de courage ; Il sera trop heureux que mon défi l'engage A s'acquitter vers lui d'un semblable devoir, Et je vais de ce pas y faire mon pouvoir.
ROSIDOR
Ta volonté suffit; va-t'en donc , et désiste De plus m'offrir une aide à mériter Caliste.
LYSARQUE est seul.
Vous obéir ici me coûterait trop cher, F.t je serais honteux qu'on me pût reprocher i )'nvoir su le sujet d'une telle sortie , Sans trouver les moyens d'être de la partie.