POMPÉE, ACTE II, SCÈNE II
Achillas à son bord joint son esquif funeste. Septime se présente, et lui tendant la main , Le salue empereur en langage romain ; Et comme député de ce jeune monarque, « Passez, seigneur, dit-il, passez dans cette barque; « Les sables et les bancs cachés dessous les eaux « Rendent l'accès mal sûr à de plus grands vaisseaux. » Ce hérosvoit la fourbe, et s'eninoquedans l'aine ' : Il reçoit les adieux des siens et de sa femme , Leur défend de le suivre, et s'avance au trépas Avec le même front qu'il donnait les États; La même majesté sur son visage empreinte Entre ces assassins montre un esprit sans crainte; Sa vertu tout entière à la mort le conduit : Son affranchi Philippe est le seul ({ui le suit ; C'est de lui que j'ai su ce que je viens de dire; IMes yeux ont vu le reste , et mon cœur en souj)ire , Et croit que César même à de si grands malheurs ' ]Ne pourra refuser des soupirs et des pleurs.
CLÉOPATRE
N'épargnez pas les miens; achevez, Achorée, L'histoire d'une mort que j'ai déjà pleurée.
ACHORÉE
On l'amène; et du port nous le voyons venir, Sans que pas un d'entre eux daigne l'entretenir. Ce mépris lui fait voir ce qu'il en doit attendre. Sitôt qu'on a pris terre on l'invite à descendre : Il se lève; et soudain pour signal Achillas, Derrière ce héros , tirant son coutelas ,
' S'en moque est comique et trivial. Je ne sais pourquoi Corneille feint que Pompée s'aperçoit du dessein de Septime; car s'il le devine, il ne doit pas quitter son vaisseau, dans lequel sans doute il a des soldats : il doit prendre le chemin de Cartilage. (V.)
Ce béros voit la fourbe, et s'en moque dans l'àmc.
C'est le sentiment que l'histoire prête à Pompée. S'en moque est peut-être ici l'expression la plus convenable, parce ([u'elle caractérise le mieuxcet héroïque dédain de Pompée. Ce vers et les trois suivants ont toujours été cités comme des exem)i!e.s de sublime. Mais, dit Voliaire, si Pompée s'aperçoit du dessein de Seplime , il ne doit pas quitter son vaisseau. Oui , si ce grand homme, vaincue Pliarsale, et n'ayant compté que sur l'ÉgypIe, ne voulait que fuir la mort ; mais latrahi.son qu'il éprouve , en lui étant toute espérance de relever son parti , ne lui laisse plus d'autre choix que celui d'une mort glorieuse. ( P.)
2 Un cœur qui croit. Cela ne serait pas souffert aujourd'hui. (V.) — Nous sommes toujours étonnés de voir combien un poêle , en jugeant à froid ce quiaété écrit avecenlliousiasme, peut oublier non-seulement les privilèges de son art , mais ce qu'il écrivait lui-même lorsqu'il ne recevait de loi que de son génie. Un cœur qui croit, dit Voltaire, ne serait pas souffert aujourd'hui. Lui-même pourtant, par une ligure plus hardie, avait fait dire à Mérope :
Mon cœur a tu toujours ce fils que je regrette.
Crovait-il donc al.jrs qu'un ccrur eût des yeux? Non ; mais il écrivait en poète; et dans quelque.s-unes de ses remarques, il semble ne juger que d'après des dictionnaires. (P}