‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 617 sur 1093 · CLÉOPATRE, ACHORÉE, CHARMION · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, ACHORÉE, CHARMION

CLÉOPATRE

En est-ce déjà fait, et nos bords malheureux Sont-ils déjà souillés d'un sang si généreux?

ACHORÉE

Madame, j'ai couru par votre ordre au rivage ; J'ai vu la trahison , j'ai vu toute sa rage i ;

' II semble par la phrase qu'il s'agisse de la vertu séduite d<^ Pompée', et c'est de la vertu séduite de l'àme de Cléopàtre. Jo Vcxhorte à la fuite dans mon fime. Cette expression n'est pas heureuse. Mais si Cléopàlre veut secourir Pompée, que ne lui dépéche-t-elle un exprès pour l'avertir de son danger? Elle en dit trop, quand elle ne fait rien. (V.) — Sa vertu séduite, quoi qu'en dise Voltaire, ne peut se rapporter qu'à Pompée, et n'aurait aucun sens si on l'applieiuait à Cléopàtre. Que signifie donc. sa vertu séduite? Nous croyons qUe Corneille s'est mal expliqué,mais qu'il a voulu dire sa confiance, à laquelle on tend un piège. En effet, Pompée toml)edans le piège que lui tend laperlidie de Ptolémée : sa bonne foi séduite ne rencontre que des assassins où elle se flattait de trouver un asile. ( P.)

2 On apprend des nouvelles sûres , et non une nouvelle assurée. On (lit bien, cette nouvelle m'a été assurée par tels et tels. (V.)

3 Si Cléopàtre, au lien déparier en femme galante, avait su donner de la noblesse à son amour pour César, et montrer en même temps la plus grande reconnaissance pour Pompée , et une véritable crainte de .sa mort, le récit d'Achorée fermt bien un autre effet. Le coeurn'est point assez ému quand le n^it des infortunes n'est fait qu'à (les [jcrsonnes indifférentes. Le nom de Pompée , et de beaux vers, suppléent à l'intérêt qui manque. Cléopàtre a montré assez d'envie de sauver Pompée pour que le ré'cit qu'on lui fait la touche, mais non pas pour que ce récil. soit un coup de théâtre, non pas pour qu'il fasse répandre des larmes. (V.)

4 La rage de la trahison !(V.) — Oui, la trahison, quand élir-

Du plus iïrand des mortels jai vu trancher le sort ' : J'ai vu dans son malheur la gloire de sa mort ' ; El puisque vous voulez qu'ici je vous raconte La gloire d'une mort qui nous couvre de honte , Écoutez, admirez , et plaignez son trépas ^.

Ses trois vaisseaux en rade avaient mis voiles bas ; Et voyant dans le port préparer nos galères , II croyait que le roi , touché de ses misères , Par un beau sentiment d'honneur et de devoir, Avec toute sa cour le venait recevoir; Mais voyant que ce prince, ingrat à ses mérites '• , ]S'envoyait qu'un esquif rempli de satellites , Il soupçonne aussitôt son manquement de foi ^ , Et se laisse surprendre à quelque peu d'effroi ; Enfin , voyant nos bords et notre flotte en armes , Il condamne en son cœur ces indignes alarmes , Et réduit tous les soins d'un si pressant ennui A ne hasarder pas Cornélie avec lui :

<- N'exposons , lui dit-il ,- que cette seule tète « A la réception que l'Egypte m'apprête ; « Et tandis que moi seul j'en courrai le danger, « Songe à prendre la fuite afin de me venger. « Le roi Juba nous garde une foi plus sincère ; « Chez lui tu trouveras et mes fils , et ton père ; « Mais quand tu les verrais descendre chez Pluton ^ , « IVe désespère point, du vivant de Caton. >• Tandis que leur amour en cet adieu conteste,

n'a plus rien à dissimuler, prend le caractère et les emportements de la rage. ( P.)

> On tranche la vie , on tranclie la tète , on ne tranche point un sort. ( V.) — Le sort, poétiquement , se dit très-bien pour la vie. (P.)

» La gloire d'une mort! et cette gloire ûpmx fois répétée! quelle négligence ! ( V.) — Quoi ! Voltaire doute qu'en poésie on puisse dije la gloire de sa mort, au lieu de sa mort glorieuse ! rp.)

3 On n'admire point un trépas , mais la manière héroïque dont un homme est mort. Cependant cette expression est une beauté, et non une faute; c'est une ligure trè^-admlssible. (V.)

4 Ingrat à ses mérites. Nous disons, ingrat envers qndqu^nn, et non pas, ingrat à qinilqu'iin. Aujourd'hui que la langue semble commencer à se coriompre, et qu'on s'étudie .'i parler un jargon ridicule, on se sert du mot impropre v/Vàvis : Plusieurs gens de lettres ont été ingrats vis-à-vis de moi , au lieu de envers moi; cette compagnie s'est rendue difficile tùs-à-vis du roi , au lieu de envers le roi ou avec le roi. Vous ne trouverez le mot vis-à-vis employé en ce sens dans aucun auteur classique du siècle de Louis XIV. (V.) — Voltaire luimême, encouragé par l'exemple de Racine, de Boileau et de tous nos bons poètes, a dit, dans la Mort de César, ingrat à tes bontés; et l'abbé d'Olivet, qui n'était qu'un grammairien, appuie cette manière de s'exprimer d'une citation de Vaugelas. (P.)

5 Manquement n'est plus d'usage; nous disons , manque; et ce manque de foi est une expression trop faible pour exprimer l'horrible pertiilie que Pompée soupçoniii'. (V.)

*> Pompée ne se servit cerlaincmeni i)as de cette ligure, r/t.scendre étiez Pluton. Il ne faut pas faire parler un héros en poète. (V.)

Page 1