‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 620 sur 1093 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PTOLOMÉÉ, CLÉOPÀTRE, CHARMION,

PTOLOMÉE

Savez-vous le bonheur dont nous allons jouir, Ma sœur ?

CLÉOPÀTRE.

Oui , je le sais , le grand César arrive : Sous les lois de Piiotin je ne suis plus captive.

PTOLOMÉE

Vous haïssez toujours ce fidèle sujet ?

CLÉOPÀTRE.

Non, mais en liberté je ris de son projet '.

PTOLOMÉE

Quel projet faisait-il doutvous pussiez vous plaindre i"

CLÉOPÀTRE.

■T'en ai souffert beaucoup, et j'avais plus à craindre.

Un si grand politique est capable de tout;

Et vous donnez les mains à tout ce qu'il résout,

PTOLOMÉE

Si je suis ses conseils, j'en connais la prudence.

CLÉOPÀTRE.

Si j'en crains les effets , j'en vois la violence.

PTOLOMÉE

Pour le bien de l'État tout est juste en un roi.

Ce genre de justice est à craindre pour moi ; Après ma part du sceptre , à ce titre usurpée , II en coûte la vie et la tête à Pompée ^.

PTOLOMÉE

Jamais un coup d'État ne fut mieux entrepris. Le voulant secourir. César nous eiU surpris; Vous voyez sa vitesse ; et l'Egypte troublée Avant qu'être en défense en serait accablée ; Mais je puis maintenant à cet heureux vainqueur Offrir en sûreté mon trône et votre cœur.

CLÉOPÀTRE.

Je ferai mes présents, n'ayez soin que des vôtres ^ , Et dans vos intérêts n'en confondez point d'autres.

' Le spectateur est indigné qu'après la mort du grand Pompée , dont il est rempli , Ptolémée et Cléopàtre s'amusent à parler de Photin , et que Cléopàtre dise en vers de comédie qu'elle rit de son projet. Il faut, autant qu'on le peut, lixer toujours l'attention du public sur les grands objets, et parler peu des petits, mais avec dignité. Cette froide scène devient encore moins tragique par les petites ironies du frère et de la sœur. (V.) ^ Quand on dit la vie, la tète est de trop. (V.) ^ Je ferai mes présents est de la dernière indécence, surtout dans la bouche d'une femme galante. N'ai/ez soin que des ni ■ très parait encore plus insupportable quand il s'agit de la tèt'J de Pompée. (V.) ,

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