LE MENTEUR , ACTE 1 , SCÈNE IV
Vous n'avez que de moi reçu des sérénades; Et je n'ai pu trouver que cette oecasiou A vous entretenir de mon affection.
CLABICE.
Quoi ! vous avez donc vu l'Alleniagne et la guerre?
DOKANTE.
Je m'y suis fait quatre ans craindre comme un tonner- CLiTON. [re.
Que lui va-t-il conter?
DORANTE
Et durant ces quatre ans Il ne s'est fait combats, ni sièges importants, Nos armes n'ont jamais remporté de victoire, Où cette main n'ait eu bonne part à la gloire: yx même la gazette a souvent divulgué...
CLTTON, le tirant par la basque.
Savez-vous bien , monsieur, que vous extravaguez ?
DORANTE
Tais-toi.
CLTTON.
Vous rêvez, dis-je, ou...
DORANTE
Tais-toi , misérable.
CLTTON.
Vous venez de Poitiers , ou je me donne au diable ; Vous en revîntes bier.
DORANTE, à Cliton.
Te tairas-tu, maraud ?
( à Clarice. ) Mon nom dans nos succès s'était mis assez baut Pour faire quelque bruit sans beaucoup d'injustice ; El je suivrais encore un si noble exercice , N'était que l'autre biver, faisant ici ma cour. Je vous vis , et je fus retenu par l'amour. Attaqué par vos yeux , je leur rendis les armes; Je me fis prisonnier de tant d'aimables cbarmes; Je leur livrai mon âme; et ce cœur généreux Dès ce premier moment oublia tout pour eux. Vaincre dans les combats, commander dans l'armée, De mille exploits fameux enfler ma renonmiée. Et tous ces nobles soins qui m'avaient su ravir. Cédèrent aussitôt à ceux de vous servir.
ISABELLE, à Clarice, tout bas.
Madame, Alcippe vient ; il aura de l'ombrage.
CLARICE
Nous en saurons, monsieur, quelque jour davantage. Adieu.
DORANTE
Quoi? me priver si tôt de tout mon bien?
CLARTCE.
IVous n'avons pas loisir d'un plus long entrelien ;
Et , malgré la douceur de me voir cajolée,
II faut que nous fassions seules deux tours d'allée.
Cependant accordez à mes vœux innocents La licence d'aimer des charmes si puissants.
CLARTCE.
Un cœur qui veut aimer, et qui sait comme on aime IN'en demande jamais licence qu'à soi-même.