‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 657 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DORANTE, CLITON

DORANTE

Suis-les, Cliton.

CLTTON.

J'en sais ce qu'on en peut savoir.

La langue du cocher a fait tout son devoir. « La plus belle des deux , dit-il , est ma maîtresse; YA\(à loge à la place , et son nom est Lucrèce. »

DORANTE

Quelle place ?

CLITON

Royale, et l'autre y loge aussi.

II n'en sait pas le nom, mais j'en prendrai souci.

DORANTE

Ne te mets point, Cliton , en peine de l'apprendre. Celle qui m'a parlé, celle qui m'a su prendre, C'est Lucrèce, ce l'est sans aucun contredit: Sa beauté m'en assure , et mon cœur me le dit.

CLTTON.

Quoique mon sentiment doive respect au vôtre, La plus belle des deux, je crois que ce soit l'autre ■.

Quoi ! celle qui s'est tue , et qui dans nos propos N'a jamais eu l'esprit de mêler quatre mots ?

CLTTON.

Monsieur, quand une femme a le don de se taire , Elle a des qualités au-dessus du vulgaire ; C'est im effort du ciel qu'on a peine à trouver; Sans un petit miracle il ne peut l'achever; Et la nature souffre extrême violence Lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence. Pour moi , jamais l'amour n'inquiète mes nuits ; Et, quand lecœur m'en dit ,j'enprendspar où je puis'.

' Je crois que ce soit est une faute de grammaire, du temps même de Corneille. Je crois, étant une cliose positive, exige l'indicatif; mais pourquoi dit-on : je crois qu'elle est aimable, qu'elle a de l'esprit? et croyez -vous qu'elle soit aimable, qu'elle ait de l'esprit? C'est que croyez-vous n'est point positif; croyez-vous exprime le doute de celui qui interroge : Je suis sûr qu'il vous satisfera ; êlcs-vous sûr qu'il vous satisfasse P Vous voyez , par cet exenii)le , que les régies de la grammaire sont fondées, pour la plupart, sur la raison, et sur celte logicpic nalnrelle avec laquelle naissent fous les bommes bien organisés. (V.)

=* J'eu prends par où je puis est un peu licencieux , et l'ex-

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