‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 68 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PYMANTE , masqué.

Destins, qui réglez tout au gré de vos caprices, Sur moi donc tout à coup fondent vos injustices, Et trouvent à leurs traits si longtemps retenus, Afin de mieux frapper, des chemins inconnus ! Dites , que vous ont fait Rosidor ou Pymante ? Fournissez de raison , destins , qui me démente ; Dites ce qu'ils ont fait qui vous puisse émouvoir A partager si mal entre eux votre pouvoir. Lui rendre contre moi l'impossible possible. Pour rompre le succès d'un dessein infaillible, C'est prêter un miracle à son bras sans secours , Pour conserver son sang au péril de mes jours. Trois ont fondu sur lui sans le jeter en fuite; A peine en m'y jetant moi-même je l'évite. Loin de laisser la vie , il a su l'arracher; Loin de céder au nombre, il l'a su retrancher : Toute votre faveur, à son aide occupée , Trouve à le mieux armer en rompant son épée, Et ressaisit ses mains , par celles du hasard , L'une d'une autre épée, et l'autre d'un poignard. O honte! ô déplaisirs! ô désespoir! ô rage! Ainsi donc un rival pris à mon avantage Ne tombe dans mes rets que pour les déchirer !' Son bonheur qui me brave ose l'en retirer, Lui donne sur mes gens une prompte victoire. Et fait de son péril un sujet de sa gloire ! Retournons animés d'un courage plus fort. Retournons, et du moins perdons-nous dans sa mori

Sortez de vos cachots , infernales Furies; Apportez à m'aider toutes vos barbaries ; Qu'avec vous tout l'enfer m'aide en ce noir dessein Qu'un sanglant désespoir me verse dans le sein. J'avais de point en point l'entreprise tramée Comme dans mon esprit vous me l'aviez formée ; Mais contre Rosidor tout le pouvoir humain N'a que de la faiblesse; il y faut votre main. En vain, cruelles sœurs, ma fureur vous appelle; En vain vous armeriez l'enfer pour ma querelle. La terre vous refuse un passage à sortir. Ouvre du moins ton sein , terre , pour m'engloutir; N'attends pas que Mercure avec son caducée M'en fasse après ma mort l'ouverture forcée; N'attends pas qu'un supplice, hélas! trop mérité. Ajoute l'infamie à tant de lâcheté ; Préviens-en la rigueur; rends toi-même justice Aux projets avortés d'un si noir artifice. Mes cris s'en vont en l'air, et s'y perdent sans fruit.

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