‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 70 sur 1093 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LYSARQUE, PYMANTE, abchers.

LYSARQUE

Mon grand ami.

PYMANTE

Monsieur?

LYSARQUE

Viens ça; dis-nous, N'as-tu point ici vu deux cavaliers aux coups?

PYMANTE

Non, monsieur.

LYSABQUE.

Ou l'un d'eux se sauver à la fuite ?

PYMANTE

Non , monsieur.

LYSABQUE.

Ni passer dedans ces bois sans suite ?

PYMANTE

Attendez , il y peut avoir quelque huit jours...

LYSARQUE

Je parle d'aujourd'hui : laisse-là ces discours ; Réponds précisément.

PYMANTE

Pour aujourd'hui, je pense...

Toutefois, si la chose était de conséquence. Dans le prochain village on saurait aisément...

LYSARQUE

Donnons jusques au lieu ; c'est trop d'amusement.

PYMANTE, seul.

Ce départ favorable enfln me rend la vie, Que tant de questions m'avaient presque ravie. Cette troupe d'archers, aveugles en ce point, Trouve ce cpi'elle cherche et ne s'en saisit point , Bien que leur conducteur donne assez à connaître Qu'ils vont pour arrêter l'ennemi de son maître, J'échappe néanmoins en ce pas hasardeux D'aussi près de la mort que je me voyais d'eux. Que j'aime ce péril , dont la vaine menace Promettait un orage, et se tourne en bonace ; Ce péril, qui ne veut que me faire trembler. Ou plutôt qui se montre , et n'ose m' accabler ! Qu'à bonne heure défait d'un masque et d'une épée , J'ai leur crédulité sous ces habits trompée ! De sorte qu'à présent deux corps désanimés Termineront l'exploit de tant de gens armés, Corps qui gardent tous deux un naturel si traître, Qu'encore après leur mort ils vont trahir leur maître, Et le faire l'auteur de cette lâcheté , Pour mettre à ses dépens Pymante en sûreté! Mes habits , rencontrés sous les yeux de Lysarque. Peuvent de mes forfaits donner seuls quelque marque ; Mais s'il ne les voit pas , lors sans aucun effroi Je n'ai qu'à me ranger en hâte auprès du roi , Où je verrai tantôt avec effronterie Clitandre convaincu de ma supercherie.

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