LE MENTEUR, ACTE V, SCENE III
Qui , si je m'en souviens , de la sorte se nomme.
GÉRONTE
Vous le connaîtrez mieux peut-être à l'autre nom ; Ce Pyrandre s'appelle autrement Armédon.
PHILISTE
Aussi peu l'un que l'autre.
GÉRONTE
Etlepèred'Orphise, Cette rare beauté qu'en ces lieux même on prise ? Vous connaissez le nom de cet objet charmant Qui fait de ces cantons le plus digne ornement ?
PHILISTE
Croyez que cette Orphise , Armédon , et Pyrandre , Sont gens dont à Poitiers on ne peut rien apprendre. S'il vous faut sur ce point encor quelque garant....
GÉRONTE
En faveur de mon fils vous faites l'ignorant ; Mais je ne sais que trop qu'il aime cette Orphise, Et qu'après les douceurs d'une longue hantise, On l'a seul dans sa chambre avec elle trouve ; Que par son pistolet un désordre arrivé L'a forcé sur-le-champ d'épouser cette belle. Je sais tout ; et de plus , ma bonté paternelle M'a fait y consentir; et votre esprit discret IN'a plus d'occasion de m'en faire un secret.
Quoi ! Dorante a donc fait un secret mariage ?
GÉRONTE
Et , comme je suis bon , je pardonne à son âge.
PHILISTE
Qui vous l'a dit?
GÉRONTE
Lui-même.
PHILISTE
Ah! puisqu'il vous l'a dit, Il vous fera du reste un fidèle récit ; Il en sait mieux que moi toutes les circonstances : Non qu'il vous faille en prendre aucunes défiances; Mais il a le talent de bien imaginer, •
Et moi , je n'eus jamais celui de deviner.
GÉRONTE
Vous me feriez par là soupçonner son histoire.
PHILISTE
Non , sa parole est sûre , et vous pouvez l'en croire ;
Mais il nous servit hier d'une collation
Qui [)arlait d'un esprit de grande invention ;
Et , si ce mariage est de même méthode ,
La pièce est fort complète, et des plus à la mode.
Prenez-vous du plaisir à me mettre en courroux ?
PHILISTE
Ma foi , vous en tenez aussi bien connue nous ; Et , pour vous en parler avec toute franchise ,
Si vous n'avez jamais pour bru que cette Or|)hise, Vos chers collatéraux s'en trouveront fort bien. Vous m'entendez; adieu : je ne vous dis plus rien.