‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 717 sur 1093 · LA SUITE DU MENTEUR, ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

LA SUITE DU MENTEUR, ACTE I, SCÈNE II

Et vous, monsieur, songez à changer de demeure. Vous serez innocent avant qu'il soit une lieure. DORANTE, à Cliton, et puis à Lijse.

Ne me romps plus la tête ; et toi , tarde un moment ; J'écris à ta maîtresse un mot de compliment. (Dorante va écrire sur la table.)

CLITON. [ble?

Dirons-nous cependant deux mots de guerre ensem-

LYSE

Disons.

CLITON

Contemple-moi.

'■■ ' Toi?

CLITON

Oui , moi. Que t'en semble ?

Dis.

LYSE

Que tout vert et rouge, ainsi qu'un perroquet , Tu n'es que bien en cage , et n'as que du caquet.

CLITON

Tu ris. Cette action, qu'est-elle?

LYSE

Ridicule.

CLITON

Et cette main?

LYSE

De taille à bien ferrer la mule '.

CLITON

Cette jambe , ce pied ?

LYSE

Si tu sors des prisons , Dignes de l'installer aux Petites-Maisons.

CLITON

Ce front?

LYSE

Est un peu creux.

Cette tête?

LYSE

Un peu folle.

CLITON

Ce ton de voix enfin avec cette parole?

LYSE

Ah! c'est là que mes sens demeurent étonnés : Le ton de voix est rare , aussi bien que le nez.

CLITON

Je meure, ton humeur me semble si jolie, Que tu vas me résoudre à faire une folie. Touche , je veux t'aimer, tu seras mon souci :

' Ferrer In mule, acheter quelque chose pour quelqu'un, el la lui compter plus cher qu'elle n'a coûté.

Nos maîtres font l'amour, nous le ferons aussi. J'aurai mille beaux mots tous les jours à te dire ; Je coucherai de feux , de sanglots , de martyre ; Je te dirai : « Je meurs , je suis dans les abois , « Je brille...»

LYSE

Et tout cela de ce beau ton de voix ? Ah ! si tu m'entreprends deux jours de cette sorte , Mon cœur est déconfit, et je me tiens pour morte ; Si tu me veux en vie, affaiblis ces attraits , Et retiens pour le moins la moitié de leurs traits.

CLITON

Tu sais même charmer alors (jue tu te moques. Gouverne doucement l'âme que tu m'escroques. On a traité mon maître avec moins de rigueur ; On n'a pris que sa bourse , et tu prends jusqu'au cœur.

LYSE

Il est riche, ton maître ?

CLITON

Assez.

LYSE

CLITON

Et gentilhomme?

Il le dit.

Il demeure?

CLITON

A Paris.

LYSE

Et se nomme?

DOBANTE , fouillant dans la bourse.

Porte-lui cette lettre, et reçois...

CLITON, lui retenant le bras.

Sans compter ?

DORANTE

Cette part de l'argent que tu viens d'apporter.

Elle n'en prendra pas , monsieur, je vous proteste.

LYSE

Celle qui vous l'envoie en a pour moi de reste.

CLITON

Je vous le disais bien , elle a le cœur trop bon.

LYSE

Lui pourrai-je, monsieur, apprendre votre nom?

DORANTE

Il est dans mon billet. Mais prends , je t'en conjure.

CLITON

Vous faut-il dire encor que c'est lui faire injure?

LYSE

Vousperdeztemps,monsieur,jesais trop mon dovoir. Adieu : dans peu de temps je viendrai vous revoir ; Et porte tant de joie à celle qui vous aime , Qu'elle rapportera la réponse elle-même.

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