‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 723 sur 1093 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Quoi ! c'est la donc , monsieur... ?

DOfiAi\TE.

Oui , c'est là le coujjaLle.

CLITON

L'hoiunie à votre cheval ?

DOSANTE.

Rien n'est si véritable.

CLITO.N.

Je ne sais où j'en suis , et deviens tout confus.

IVe ni'aviez-vous pas dit que vous ne mentiez plus.^

DOBANTE.

Jai vu sur son visage un noble caractère ,

Qui , me parlant pour lui, m'a forcé de me taire ,

Et d'une voix connue entre les gens de cœur

M'a dit qu'en le perdant je me perdrais d'honneur.

J'ai cru devoir mentir pour sauver un brave homme.

CLITON

Et c'est ainsi, monsieur, que l'on s'amende à Pionie ' ? Je me tiens au proverbe ; oui , courez , voyagez ; Je veux être guenon si jamais vous changez : Vous mentirez toujours, monsieur, sur ma parole. Croyez-moi que Poitiers est une bonne école; Pour le bien du public je veux le publier ; Les leçons qu'on y prend ne peuvent s'oublier.

Je ne ments plus, Clif on , je t'en donne assurance ; Mais en un tel sujet l'occasion dispense.

CLITON

Vous en prendrez autant comme vous en verrez. JMenteur vous voulez vivre, et menteur vous mourrez ; Et l'on dira de vous pour oraison funèbre : '< C'était en menterie un auteur très-célèbre, « Qui sut y raffiner de si digne façon , '- Qu'aux maîtres du métier il en eut fait leçon ; <• Et qui tant qu'il vécut, sans craindreaucune risques " Aux plus forts d'après lui put donner quinze et bis- DOHANTE. que. »

Je n'ai plus qu'à mourir, mon épitaphe est fait^ Et tu m'érigeras en cavalier parfait :

Tu ferais violence à l'humeur la plus triste. I\1ais, sans plus badiner, va-t'en chercher Philiste; Donne-lui cette lettre; et moi , sans plus mentir, Avec les prisonniers j'irai me divertir.

' Cliton fait fort mal de ne pas approuver un mensonge si noble , et Dorante perd ici une Iieileoccasion de faire voir qu'iJ est des cas ou il serait infâme de dire la vérité : quel cœur serait assez lâche pour ne pornt mentirquand il s'agit de sauver la vie et rtionneurd'un père, dun parent, d'un'ami? Il y avait là de quoi faire de très-beaux vers. (V.)

^ Aucune risque serait un solécisme aujoard'hai : risque est riiasculin. (P.)

^ Épitaphe, au contraire, est du genre féminin. (P.)

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