SCENE PRE^MIERE
MÉLISSE, LYSE
MÉLISSE , tenant une lettre ouverte en sa main. Certes , il écrit bien ; sa lettre est excellente.
Madame, sa personne est encor plus galante : Tout est charmant en lui , sa grâce, son maintien.
MELISSE.
Il semble que déjà tu lui veuilles du bien.
LYSE
J'en trouve , à dire vrai, la rencontre si belle. Que je voudrais l'aimer, si j'étais demoiselle'. 11 est riche, et de plus il demeure à Paris, Où des dames, dit-on , est le vrai paradis ; Et ce qui vaut bien mieux que toutes ces richesses , Les maris y sont bons, -.et les femmes maîtresses. Je vous le dis encor, je m'y passerais bien ; Et si j'étais son fait , il serait fort le mien.
MÉLISSE
Tu n'es pas dégoûtée. Enfin , Lyse, sans rire , ("est un homme bien fait?
LYSE
Plus (jue je ne puis dire.
MÉLISSE
\ sa lettre il parait qu'il a beaucoup d'esprit ; Mais , dis-moi , parle-t-il aussi bien qu'il écrit.!*
LYSE
Pour lui faire en discours montrer son éloquence Il lui faudrait des gens de plus de conséquence ; C'est à vous d'éprouver ce que vous demandez.
MÉLISSE
Et que croit-il de moi?
LYSE
Ce que vous lui mandez ;
' C'est précisément ceque dit Antoine à César, dans la tragédie de Pompée : Et si j'étais César, je la voudrais aimer. Cette idée, ridicule dans le tragique, est ici à sa place ; ou peut remarquer d'ailleurs'((ue, quand il s'agit d'amour, il y a une itilinilé de vers qui conviennent également au comique et au tragique : tout ce qui est naturel et tendre peut également s'eni ployer dans les deux genres; mais ce qui n'est que familier ii»; doit jamais appartenir (ju'au genre comique. Le grand défautde ce teiiip.s-là était de ne pas distinguer ces nuances : on n'y i)arvint que fort tard, quand le goût épuré de la cour de Louis XIV, l'esprit de Racine, et la critique de Boileau, eurent enlin po.sc ces bornes, qu'il était si difficile de connaître, et qu'il estsiai.sé de passer. On doit avouer que c'est un mérite qui ne fut guèn; connu qu'en France : l'amour n'a été traité sur aucun autre théâtre comme il doit l'être; les auteurs tragiques de loules les autres nations ont toujours fail parler leurs amanis eu poètes. (V.)