‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 736 sur 1093 · SCENE lil · texte numérisé non relu

SCENE lil

DORANTE, MÉLISSE, déguisée en servante, cachant son visage sous une coiffe ; CLITON , LYSE.

CLITON, à LtJSC.

l\Iontre ton passeport. Quoi ! tu viens les mains vicies !

( à Dorante. ) Ainsi détruit le temps les biens les plus solides ; Et moins d'un jour réduit tout votre heur et le mien , Des louis aux douceurs, et des douceurs à rien.

LYSE

Si j'apportai tantôt , à présent je demande.

DORANTE

Que veux-tu ?

LYSE

Ce portrait , que je veux qu'on me rende.

DORANTE

As-tu pris du secours pour faire plus de bruit ?

LYSE

J'amène ici ma sœur, parce qu'il s'en va nuit; Mais vous pensez en vain chercher une défaite : Demandez-lui , monsieur, quelle vie on m'a faite.

DORANTE

Quoi ! ta maîtresse sait que tu me l'as laissé !

LYSE

Elle s'en est doutée, et je l'ai confessé.

Elle s'en est donc mise en colère.^

LYSE

Et si forte , Que je n'ose rentrer si je ne le rapporte : Si vous vous obstinez à me le retenir, .le ne sais dès ce soir, monsieur, que devenir ; Ma fortune est perdue , et dix ans de service.

DORANTE

Ecoute, il n'est pour toi chose que je ne lisse : Si je te nuis ici , c'est avec grand regret ; Mais on aura mon cœur avant que ce portrait.

Va dire de ma part à celle qui t'envoie Qu'il fait tout mon bonheur, qu'il fait toute ma joie , Que rien n'approcherait de mon ravissement, Si je le possédais de son consentement ; Qu'il est l'unique bien où mon espoir se fonde , Qu'il est le seul trésor qui me soit cher au monde. Et, quant à ta fortune, il est en mon pouvoir De la faire monter par delà ton espoir.

LYSE

Je ne veux point de vous , ni de vos récompenses.

DORANTE

Tu me dédaignes trop.

LYSE

Je le dois.

COKNEILI.r. — TOJIE I.

CLITON

Tu l'offenses.

Mais voulez-vous, monsieur, mecroire et vous venger? Rendez-lui son portrait pour la faire enrager.

LYSE

O le grand habile homme! il y connaît finesse. C'est donc ainsi, monsieur, que vous tenez promesse '> Mais puisque auprès de vous j'ai si peu de crédit , Demandez à ma sœur ce qu'elle m'en n dit , Et si c'est sans raison que j'ai tant d'épouvante.

DORANTE

Tu verras que ta sœur sera plus obligeante ;

Mais si ce grand courroux lui donne autant d'effroi ,

Je ferai tout autant pour elle que pour toi.

LYSE

N'importe, parlez-lui ; du moins vous saurez d'elle Avec quelle chaleur j'ai pris votre querelle.

DORANTE, à Mélisse.

Son ordre est- il si rude?

MÉLISSE

Il est assez exprès ; [ près :

I\Iais, sans mentir, ma sœur vous presse un peu de Quoi qu'elle ait commandé , la chose a deux visages.

CLITON

Comme toutes les deux jouent' leurs personnages!

MÉLISSE

Souvent tout cet effort à ravoir un portrait

N'est que pour voir l'amour par l'état qu'on en fan.

C'est peut-être après tout le dessein de madame.

Ma sœur, non plus que moi , ne lit pas dans son ame ;

En ces occasions il fait bon hasarder.

Et de force ou de gré je saurais le garder.

Si vous l'aimez , monsieur, croyez qu'en son courage

Elle vous aime assez pour vous laisser ce gage :

Ce serait vous traiter avec trop de rigueur,

Puisque avant ce portrait on aura votre cœur;

Et je la trouverais d'une humeur bien étrange

Si je ne lui faisais accepter cet échange.

Je l'entreprends pour vous , et vous répondrai bien

Qu'elle aimera ce gage autant comme le sien.

DORANTE

O ciel ! et de quel nom faut-il que je te nomme?

CLITON

Ainsi font deux soldats logés chez le bon homme : Quand l'un veut tout tuer, l'autre rabat les coups; L'un jure comme un diable, et l'autre file doux.

Les belles , n'en déplaise à tout votre grimoire. Vous vous entr'entendez comme larrons en foire.

MÉLISSE

Que dit cet insolent?

' Jouent nfi prut sp pincer (\\\'i\ la fin , et .jamais dans le cours d'un vers. (P.)

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