‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 746 sur 1093 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MÉLISSE, LYSE

LYSE

Vous en voilà défaite et quitte à bon marché. Encore est-il traitable alors qu'il est fâché. Sa colère a pour vous une douce méthode , Et sur la remontrance il n'est pas incoimnode.

MÉLISSE

Aussi qu'ai-je commis pour en donner sujet.? Me ranger à son choix sans savoir son projet , Deviner sa pensée, obéir par avance, Sont-ce, Lyse, envers lui des crimes d'importance ?

LYSE

Obéir par avance est un jeu délicat

Dont tout autre que lui ferait un mauvais plat.

Mais ce nouvel amant dont vous faites votre iîrce

Avec un grand secret ménage votre flamme :

Devait-il exposer ce portrait à ses yeux?

Je le tiens indiscret.

MÉLISSE

Il n'est que curieux.

Et ne montrerait pas si grande impatience , S'il me considérait avec indifférence ; Outre qu'un tel secret peut souffrir un ami.

LYSE

Mais un homme qu'à peine il connaît à demi ?

MÉLISSE

Mon frère lui doit tant, qu'il a lieu d'en attendre Tout ce que d'un ami tout autre peut prétendre.

LYSE

L'amour excuse tout dans un ca-ur enflammé , Et tout crime est léger dont l'auteur est aimé.

' Pour n'avoir pas su mettre en œuvre l'amour de Mélisse cl le don de son portrait, la pièce languit. Celle scène de CIcandre et de Mélisse n'est quingèuieuse; toutes ces petites finesses refroidissent les spectateurs : il faut aUacber dans la comédie comme dans la tragédie, quoique par des moyens alisolumenl différents; il faut que le cœur soit occupé; il faut qu'on désire et qu'on craigne ; les situations doivent être vives ; c'est ici tout le cooixaire. CV)

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