PLACIDE, CLÉOBULE
PLACIDE
Il est vrai , Cléobule, et je veux l'avouer, La fortune me flatte assez pour m'en louer : Mon père est gouverneur de toute la Syrie ' ; Et comme si c'était trop peu de flatterie^ , Moi-même elle m'embrasse , et vient de me donner, Tout jeune que je suis, l'Egypte à gouverner. Certes, si je m'enflais de ces vaines fumées Dont on voit à la cour tant d'âmes si charmées • ,
' Celte pièce ne mérite aucun commentaire ; elle pèche par l'indécence du sujet, par la conduite, par la froideur, par le style. On ne fera que très-peu de remarques. (V.)
* Dans Polyeucte, Félix est gouverneur de loiili- TArménio, et ici Valeiis est gouverneur de toute la Syrie : un mot de trop gâte un beau vers, et rend un médiocre mauvais. (V.)
^ Trop peu de Jlattcrie de donner le gouvernement de toute la Syrie. ' et la fortune qui embrasse Placide! (juellcs expressions! quel style! quelle négligence! (V.)
4 II faut convenir que ce style est bas et incorrect; et malheureusement la plus grande partie de la pièce est écrite dans ce goût. On a exigé un commentaire sur toutes les pièces de (Corneille; mais toutes n'en méritent pas. Que verra-l-on parce commentaire? que nul auteur n'est jamais tombé si bas après être monté si haut. La seule consolation d'un travail si ingrat est que du moins tant de fautes peuvent être de quelque utilité; elles feront voir aux étrangers que les beautés ne nous aveuglent pas sur les défauts; que notre nation est juste en admirtint et en désapprouvant; et les jeunes auteurs, en voyant ces
(Or.MJI.LE. — TOMK I.
Si l'éclat des grandeurs avait pu me ravir, J'aurais de quoi me plaire et de quoi m'assouvir '. Au-dessous des Césars , je suis ce qu'on peut être ; A moins que de leur rang le mien ne saurait croître'; Et pour haut qu'on ait mis des titres si sacrés , On y monte souvent par de moindres degrés 3. Mais ces honneurs pour moi ne sont qu'une infamie , Parce que je les tiens d'une main ennemie 4 ,' Et leur plus dou.\ appât qu'un excès de rigueur, Parce que pour échange on veut avoir mon cœur. On perd temps toutefois; ce cœur n'est point à vendre^ Marcelle, en vain par là tu crois gagner un gendre ; Ta Flavie à mes yeux fait toujours même horreur. Ton frère Marcellin peut tout sur l'empereur. Mon père est ton époux , et tu peux sur son âme Ce que sur un mari doit pouvoir une femme : Va plus outre''; et par zèle ou par dextérité , Joins le vouloir des dieux à leur autorité 7 : Assemble leur faveur, assemble leur colère s : Pour aimer je n'écoute empereur, dieux , ni père ; Et je la trouverais un objet odieux Des mains de l'empereur, et d'un père, et des dieux.
CLÉOBULE
Quoique pour vous Marcelle ait le nom de marâtre , Considérez, seigneur, qu'elle vous idolâtre; Voyez d'un œil plus sain ce que vous lui devez , Les biens et les honneurs qu'elle vous a sauvés. Quand Dioclétian fut maître de l'empire...
Mon père était perdu , c'est ce que tu veux dire. Sitôt qu'à son parti le bonheur eut manqué ,
chutes déplorables et si fréquentes, en seront plus sur leurs gardes. (V.)
' Un éclat qui peut ravir ! un homme qui aurait de quoi se plaire et de quoi s^assouvir! Nul auteur n'a jamais écrit plus mal et mieux .- voilà pourquoi on disait que Corneille avait un démon qui lit pour lui les belles scènes de ses tragédies, et qui lui laissa faire tout le reste. (V.)
^ Cela n'est pas français : un rang ne croit pas ; on passe , on s'élève d'un rang ;i un autre. (V.) — Un rang peut s'accroître quand on y joini de nouvelles prérogatives, de nouveaux honneurs ; en un mot lorsqu'il devient supérieur à ce qu'il était. (P.)
3 On y monte souvent par de moindres degrés ,
n'est pas plus exact que le reste; on ne monte pas à un titre.
4 Parce que est une conjonction dure à l'oreille , et traînante en vers; il faut toujours l'éviter; mais, quand il est répété, il devient intolérable. On pardonne toutes ces fautes dans des ouvrages remplis de beautés, comme les précédents. (V.)
5 On peut dire, dans le style noble : vendre son sang, vendre son honneur à la fortune; mais un cœur à vendre est bas. (V.)
6 Terme autrefois familier, et qui n'est plus français. (V.)
7 Pourquoi le vouloir des dieux? Cet hymen n'est point ordonné par un oracle ; les dieux sont ici de trop : le vouloir n'est plus d'usage. (V.)
^ Il faudrait leurs faveurs au pluriel, parce qu'on ne peut aiiscmbler une ïcule chose. (V.)