‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 778 sur 1093 · VALENS, PAULIN · texte numérisé non relu

VALENS, PAULIN

VALENS

L'impérieuse humeur ! vois comme elle me brave, Comme son Oer orgueil m'ose traiter d'esclave.

PAULIN

Seigneur, j'en suis confus, mais vous le méritez : Au lieu d'y résister, vous vous y soumettez.

VALENS

Ne t'imagine pas que dans le fond de l'âme Je préfère à mon fils les fureurs d'une femme; L'un m'est plus cher que l'autre , et par ce triste arrêt Ce n'est que de ce fils que je prends l'intérêt.

Théodore est chrétienne, et ce honteux supplice Vient moins de ma rigueur que de mon artifice : Cette haute infamie où je veux la plonger Est moins pour la punir que pour la voir changer. Je connais les chrétiens; la mort la plus cruelle Affermit leur constance, et redouble leur zèle; Et sans s'épouvanter de tous nos châtiments , Ils trouvent des douceurs au milieu des tourments ; Mais la pudeur peut tout sur l'esprit d'une fille Dont la vertu répond à l'illustre famille; Et j'attends aujourd'hui d'un si puissant effort Ce que n'obtiendraient pas les frayeurs de la mort. Après ce grand effet , j'oserai tout pour elle. En dépit de Flavie, en dépit de Marcelle; Et je n'ai rien à craindre auprès de l'empereur. Si ce cœur endurci renonce à son erreur : Lui-même il me loûra d'avoir su l'y réduire ; Lui-même il détruira ceux qui m'en voudraient nuire. J'aurai lieu de braver Marcelle et ses amis : ]\Ia vertu me soutient oij son crédit m'a mis ; Mais elle me perdrait , quelque rang que je tienne. Si j'osais à ses yeux sauver cette chrétienne.

Va la voir de ma part , et tâche à l'étonner : Dis-lui qu'à tout le peuple on va l'abandonner ', Tranche le mot enfin , que je la prostitue ; Et , quand tu la verras troublée et combattue , Donne entrée à Placide, et souffre que son feu Tâche d'en arracher un favorable aveu.

Les larmes d'un amant et l'horreur de sa honte Pourront fléchir ce cœur qu'aucun péril ne dompte. Et lors elle n'a point d'ennemis si puissants Dont elle ne triomphe avec un peu d'encens; Et cette ignominie où je l'ai condamnée Se changera soudain en heureux hyménée.

' Ce vers et le mot prostitue présentent l'image la plus déboutante, la plus odieuse et la plus sale ; cela ne serait pas souffert à la foire : voilà pourtant le nœud de la pièce. On ne sort jioint d'étonnement que le même homme qui a imtjginé le cinquième acte de Rodogune ait fait un pareil ouvrage. (V.)

PAULIN

Votre prudence est rare, et j'en suivrai les lois. Daigne le juste ciel seconder votre choix. Et par une influence un peu moins rigoureuse, Disposer Théodore à vouloir être heureuse!

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