‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 788 sur 1093 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MARCELLE, STÉPHAÎSIE.

STÉPHANIE

Enfin vous triomphez de cet esprit rebelle.

MAKCELLE.

Quel triomphe?

STÉPHANIE

Est-ce peu que de voir à vos pieds Sa haine et son orgueil enfin humiliés?

MABCELLE.

Quel triomphe , te dis-je , et qu'il a d'amertumes ! Et que nous sommes loin de ce que tu présumes! Tu le vois à mes pieds pleurer, gémir, prier; Mais ne crois pas pourtant le voir s'humilier, Ne crois pas qu'il se rende aux bontés qu'il implore ; Mais vois de quelle ardeur il aime Théodore; Et juge quel pouvoir cet amour a sur lui , Puisqu'il peut le réduire à chercher mon appui. Que n'oseront ses feux entreprendre pour elle, S'ils ont pu l'abaisser jusqu'aux pieds de Marcelle? Et que dois-je espérer d'un cœur si fort épris. Qui , même en m'adorant, me fait voir ses mépris ? Dans ses submissions vois ce qui l'y convie; Mesure à son amour sa haine pour Flavie; Et voyant l'un et l'autre en son abaissement. Juge de mon triomphe un peu plus sainement ; Vois dans son triste effet sa ridicule pompe. J'ai peine en triomphant d'obtenir qu'il me trompe, Qu'il feigne par pitié , qu'il donne un faux espoir.

STÉPHANIE

Et vous l'allez servir de tout votre pouvoir?

MABCELLE.

Oui , je vais le servir, mais comme il le mérite. Toi , va par quelque adresse amuser sa visite, Et sous un faux appât prolonger l'entretien.

STÉPHANIE

Donc...

MABCELLE.

Le temps presse ; va , sans t'informer de rien.

• Cette scène est une des plus étranges qui soient au théâtre français. Rendez une visite de civilité à ma fille , sinon je vais prostituer votre mattresse aux portefaix d'Antioche : c'est la substance de cette scène et l'intrigue de la pièce. Disons hardiuient qu'il n'y a jamais rien eu de si mauvais en aucun genre : il ne faut pas ménager les fautes portées à cet excès. (V.) — On ne doit point ménager les fautes, mais on doit ménager les termes quand on relève les fautes d'un grand homme. (PO

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