‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 799 sur 1093 · THÉODORE, ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

THÉODORE, ACTE V, SCÈNE VI

Donne à ton Dieu ton cœur, aux nôtres quelque feinte; Un peu d'encens offert aux pieds de leurs autels Peut égaler ton sort au sort des immortels.

DIDYME

Et pour cela vers moi Théodore t'envoie ? Son esprit adouci me veut par cette voie ?

CLÉOBULE

Non , elle ignore encor que tu sois arrêté ; Mais ose en sa faveur te mettre en liberté ; Ose te dérober aux fureurs de Marcelle , Et Placide t'enlève en Égj-pte avec elle , Oii son cœur généreux te laisse entre ses bras Être avec sûreté tout ce que tu voudras.

DIDYME

Va, dangereux ami que l'enfer me suscite , Ton damnable artifice en vain me sollicite : Mon cœur, inébranlable aux plus cruels tourments, A presque été surpris de tes chatouillements; Leur mollesse a plus fait que le fer ni la flamme ; Elle a frappé mes sens , elle a brouillé mon âme ; Ma raison s'est troublée , et mon faible a paru : Mais j'ai dépouillé l'homme, et Dieu m'a secouru.

Va revoir ta parente , et dis-lui qu'elle quitte Ce soin de me payer par delà mon mérite. Je n'ai rien fait pour elle , elle ne me doit rien ; Ce qu'elle juge amour n'est qu'ardeur de chrétien : C'est la connaître mal que de la reconnaître; Je n'en veux point de prix que du souverain maître; Et comme c'est lui seul que j'ai considéré. C'est lui seul dont j'attends ce qu'il m'a préparé.

Si pourtant elle croit me devoir quelque chose , Et peut avant ma mort souffrir que j'en dispose, Qu'elle paie à Placide , et tâche à conserver Des jours que par les miens je lui viens de sauver; Qu'elle fuie avec lui , c'est tout ce que veut d'elle Le souvenir mourant d'une flamme si belle. Mais elle-même vient , hélas ! à quel dessein ?

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