THÉODORE, ACTE V, SCÈNE VII
MARCELLE
0 couple de ma perte également coupable ! Sacrilèges auteurs du malheur qui m'accable , Qui dans ce vain débat vous vantez à Tenvi , Lorsque j'ai tout perdu , de me l'avoir ravi ! Donc jusques à ce point vous bravez ma colère Qu'en vous faisant périr je ne vous puis déplaire, Et que, loin de trembler sous la punition , Vous y courez tous deux avec ambition!
Elle semble à tous deux porter un diadème ; Vous en êtes jaloux comme d'un bien suprême ; L'un et l'autre de moi s'efforce à l'obtenir : Je puis vous immoler, et ne puis vous punir; Et quelque sang qu'épande une mère affligée , Ne vous punissant pas elle n'est pas vengée.
Toutefois Placide aime, et votre châtiment Portera sur son cœur ses coups plus puissanuuent ; Dans ce gouffre de maux c'est lui qui ni]a plongée , Et si je l'en punis je suis assez vengée. THÉODORE , à Didyme.
J'ai donc enfln gagné, Didyme, et tu le vois, L'arrêt est prononcé ; c'est moi dont on fait choix , C'est moi qu'aime Placide , et ma mort te délivre.
DIDYME
Pion, non, si vous mourez, Didyme vous doit suivre.
MARCELLE
Tu la suivras, Didyme, et je suivrai tes vœux ; Un déplaisir si grand n'a pas trop de tous deux. Que ne puis-je aussi bien immoler à Flavie Tous les chrétiens ensemble, et toute la Syrie ! Ou que ne peut ma haine avec un plein loisir Animer les bourreaux qu'elle saurait choisir. Repaître mes douleurs d'une mort dure et lente , Vous la rendre à la fois et cruelle et traînante, Et parmi les tourments soutenir votre sort , Pour vous faire sentir chaque jour une mort! Mais je sais le secours que Placide prépare ; Je sais l'effort pour vous que fera ce barbare ; Et ma triste vengeance a beau se consulter, Il me faut ou la perdre ou la précipiter. Hâtons-la donc , Lycante , et courons-y sur l'heure : La plus prompte des morts est ici la meilleure; N'avoir pour y descendre à pousser qu'un soupir, C'est mourir doucement, mais c'est enfin mourir; Et lorsqu'un grand obstacle à nos fureurs s'oppose , Se venger à dean c'est du moins quelque chose. Amenez-les tous deux.
PAULIN
Sans l'ordre de Valens ?
Madame , écoutez moins des transports si bouillants : Sur son autorité c'est beaucoup entreprendre.
MARCELLE
S'il en demande compte , est-ce à vous de le rendre ? Paulin, portez ailleurs vos conseils indiscrets,
Et ne prenez souci que de vos intérêts. THÉODORE, à Didyme.
Ainsi de ce combat que la vertu nous donne , Nous sortirons tous deux avec une couronne.
DIDYME
Oui , madame , on exauce et vos vœux et les miens. Dieu...
MARCELLE
Vous suivrez ailleurs de si doux entretiens. Amenez-les tous deux.
PAULIN, seul.
Quel orage s'apprête !
Que je vois se former une horrible tempête! Si Placide survient , que de sang répandu ! Et qu'il en répandra s'il trouve tout perdu ! Allons chercher Valens ; qu'à tant de violence Il oppose , non plus une molle prudence, 3[ais un courage mâle , et qui d'autorité, Sans rien craindre...