‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 814 sur 1093 · ACTE I, SCÈNE ï · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE ï

Le prince Antiochus , devenu nouveau roi ' , Sembla de tous côtés traîner l'heur avec soi » : La victoire attachée au progrès de ses armes Sur nos fiers ennemis rejeta nos alarmes^; Et la mort de Tryphon dans un dernier combat, Changeant tout notre sort , lui rendit tout l'État 4. Quelque promesse alors qu'il eût faite à la mère De remettre ses 111s au trône de leur père ^ , Il témoigna si peu de la vouloir tenir. Qu'elle n'osa jamais les faire revenir.

est telle; il montrait ses blessures mortelles ne dit pas : il montrait que ses blessures étaient mortelles. (V.)

L'effet montra soudain ce conseil salutaire est une tournure elliptique qui sied très-bien à la poésie , et que Racine a iniilée dans ces vers de Bajazet :

J'entretins la sultane, et, cachant mon dessein, Lui montrai d'Amurat le retour incertain.

Corneille sous-entend les deux mots dont la prose ne pourrait se passer : l'effet montrasoudain que ce conseil était salutaire. Racinc est plein d'ellipses plus hardies. Tout le monde connail, tout le monde a cite ce vers d'Hermione dans Andromaquc :

Je t'aimais inconstant, qu'anraisje fait fidèle?

' Un empire, un trône peut être ébranlé , mais non pas une couronne. Il faut toujours que la métapbore soit juste. (V.)

2 En sut mettre à l'ahri est louche et incorrect; le mot de ç^/^cçseul n'a aucun sens , que quand il signilie appointements : il a reçu ses gages; mais il faut dire les gages de mon hymen, pour signilier mes enfants. (V.)

3 Me les fit enlever, phrase louche. Elle peut signifier, les fit enlever de mes bras, ou m'ordonna de les enlever : en ce dernier sens, elle est mauvaise. Enlèvera ^femphis etlimpropre; elle les porta, les conduisit à Memphis, les cacha dansMemphis. Enlèvera Memphis si^nHle tout le contraire, eH/<'iTràsignitie 61er à, dérober à; enlever le Palladium à Troie, enlever Hélène à Paris. Élever, au lieu (Venlever, ôterail toute équlvf)que. Peut-être y a-t-il eu dans la première édition une faute d'i tu pression, qui a été répétée dans toutes les autres. (V.)

4 11 ne faudrait pas imiter cette phrase , quoique l'idée soit intelligible; on ne dit pas semer la renommée, comme on dit, dans le discours familier, semer un bruit. La renommée diversement semée par un bruit, cela n'est pas français : la raison en est qu'un bruit ne sème pas , et que toute métaphore doit être d'une extrême justesse. (V.)

5 Quellessonlces murailles? ne fallail-il pas d'abord nommer Séleucie?Ce sont là des fautes contre l'art, non pas un manque de génie. Cet oubli des convenances nediûLinue point leméiitc (le l'invention. (V.)

'' Toi ne se dit plus; il est devenu bas. (V.)

7 S'y coula n'est pas du style noble. (V.)

8 II semble qu'elle épousa son propre frère : ne devait-on pas exprimer ((u'elle épousa le frère de son mari ? l'auteur ne devaitil pas lever cette petite équivoque avec d'autant plus de soin, rpi'on pouvait épou.ser son frère en Perse , en Syrie , en Egypte , a Athènes, en PaU'stine? Ce n'est là qu'une très-légère néglig'-nc*-; mais il faut toujours faire voir combien il importe de parler purement sa langue, et d'être toujours clair. (V.)

'I Montrer une cho.se bonne ou mauvaise, utile ou dangereuse, uc si^Liilie pas montrer que celle chose est telle , prouver qu'elle

Le poète y sous-entend quatre mots qu'il sacrifie à la précision. (P-) ' Ce mot nouveau est de trop; il gale le sens et le vers. (V.)

2 On a déjà remarqué que Vheur ne se dit plus; maison ne traîne avec soi ni Y heur ni le bonheur : traUier ûonm toujours l'idée de quelque chose de douloureux ou d'humiliant : on traîne sa misère, sa honte; on traîne une vie obscure; les rois vaincus étaient traînés au Capitole. El traîné sans honneur autour de nos murailles. Le mot traîner est encore heureusement employé pour signifier une douce violence, et alors il est mis pour entraîner: Charmant, jeune, traînant tous tes cœurs après soi. (V.)

3 Le mot est impropre : on ne rejette point des alarmes sur un autre comme on rejette une faute , un soupçon , etc. , sur un autre; les alarmes sont dans les hommes, parmi les hommes, et non sur les hommes. On ne peut trop répéter que la propriété des termes est toujours fondée en raison. (V.) — On fait retomber ou l'on rejette sur l'ennemi l'épouvante qu'il avait d'abord causée. Les alarmes sont ici le synonyme d'épouvante; et, en prose même, nous ne verrions rien à reprendre dans cette expression de Corneille. (P.)

4 Cela ressemble à un gendre du gouverneur de toute In province. On est malheureusement obligé de remarquer des négligences, des obscurités, des fautes presque à chaque vers. (V.)

5 II n'est pas dit que cette veuve de Nicanor était Clcopàtre , mère des deux princes , et que le roi Antiochus avait promis de rendre la couronne aux enfants du premier lit. Le spectateur a besoin qu'on lui débrouille cette histoire. Cléopàtre n'est pas nommée une seule fois dans la pièce. Corneille en donne pour raison qu'on aurait pu la confondre avec laCléopàtrede Cé.sar; mais il n'y a guère d'apparence que les spectateurs instruits, qui instruisent bientôt les autres, eussent pris cette reine de Syrie pour la maîtresse de César. Et puis comment cet Antiochus avait-il promis de rendre le royaume aux deux princes? devaient-ils régner tous deux ensemble? Tout cela est un peu confus dans le fond , et est exprimé confusément ; plusieurs lecteurs en sont révoltés. On est plus indulgent a la représentation.

RODOGUNE, ACTE 1, SCÈNE IL

Ayant régné sept ans , son ardeur militaire ' Ralluma cette guerre oîi succomba son frère » : Il attaqua le Parthe , et se crut assez fort Pour en venger sur lui la prison et la mort ^. Jusque dans ses états il lui porta la guerre; Il s'y fit partout craindre à l'égal du tonnerre; Il lui donna bataille, où mille beaux exploits... Je vous achèverai le reste une autre fois *, Un des princes survient 5.

( Elle se veut 7-e tirer. )

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