‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 823 sur 1093 · RODOGUNE, ORONTE, LAONICE · texte numérisé non relu

RODOGUNE, ORONTE, LAONICE

RODOGUNE

Voilà comme l'amour succède à la colère , Comme elle ne me voit qu'avec des yeux de mère , Comme elle aime la paix, comme elle fait un roi , Et comme elle use enfin de ses fils et de moi ■*.

' Cette expression est trop triviale ; de plus , il ne faut pas une grande pénétralion pour deviner qu'une femme si criminelle ne travaille que pour elle seule. (V.)

» Le consent n'est pas français ; mais ce seul vers sufiit pour démontrer combien Cléopàtre a été imprudente avec ses deux enfants. (V.)

^ Ce vers est du ton de la comédie. User de quelqu'un est du style familier, et Cléopàtre n'a point usé de Rodogune. Il est triste que Rodogune n'apprenne sou danger et le dessein barbare de Cléopâtn; que par unt; conlirtente qui trahit sa maitresse : n'eùt-il pas été plus tliéàtral et plus touchant de l'apprendre par les deux frères ? tous deux brûlants pour elle , tous deux consternés en sa présence ; Antiochus n'avouant rien , par n'spect pour sa mère ; et Séleucus , qui la ménagi; moins , dévoilant C(! secret terrible avec horreur! cette situation ne feraitelle pn.s une Impression plus forte qu'une suivante qui recommande le secret à Rodogune, de peur d'être perdue? à quoi

Et tantôt mes soupçons lui faisaient une offense.' Elle n'avait rien fait qu'en sa juste défense.? Lorsque tu la trompais elle fermait les yeux .? Ah ! que ma défiance en jugeait beaucoup mieux ! Tu le vois, Laonice.

LAONICE

Et vous voyez , madame , Quelle fidélité vous conserve mon âme , Et qu'ayant reconnu sa haine et mon erreur, Le cœur gros de soupirs , et frémissant d'horreur, .Te romps une foi due aux secrets de ma reine , Et vous viens découvrir mon erreur et sa haine.

RODOGUNE

Cet avis salutaire est l'unique secours A qui je crois devoir le reste de mes jours. Mais ce n'est pas assez de m'avoir avertie ; Il faut de ces périls m'aplanir la sortie ; Il faut que tes conseils m'aident à repousser...

LAONICE

Madame , au nom des dieux , veuillez m'en dispenser ; C'est assez que pour vous je lui sois infidèle, Sans m'engager encore à des conseils contre elle. Oronte est avec vous , qui , comme ambassadeur, Devait de cet hymen honorer la splendeur • ; Comme c'est en ses mains que le roi votre frère A déposé le soin d'une tête si chère , Je vous laisse avec lui pour en délibérer. Quoi que vous résolviez, laissez-moi l'ignorer. Au reste, assurez-vous de l'amour des deux princes ; Plutôtquedevousperdreilsperdront leurs provinces: Mais je ne réponds pas que ce cœur inhumain Ne veuille 5 leur refus s'armer d'une autre main. Je vous parle en tremblant ; si j'étais ici vue , Votre péril croîtrait , et je serais perdue,

Rodogune répond qu'elle recnnnaUra ce service en son lieu. Cet avertissement que donne la suivante à Rodogune démontre combien Cléopàtre a été imprudente de vouloir charger ses enfants d'un crime qui n'entrera jamais dans le cœur d'aucun homme; et 11 y a même beaucoup plus que de l'imprudence à proposer à deux jeunes princes qu'où sait être vertueux de tuer leur maîtresse. Mais comment Cléopàtre, après avoir vu avec quelle juste horreur ses enfants la regardent , a-t-elle pu coiifiir à Laonice qu'elle a fait cette proposition à ses lils? quelle fureur a-t-elle de découvrir toujours à une confidente qu'elle méprise tout ce qui peut la rendre exécrable et avilie aux yeux de r.vlW. confidente? (V.) — Klle n'a pas eu besoin de coniier cette proposition à Laonice. Voltaire oublie que non-seulement Laonice était présente à la scène de Cléopàtre et de ses deux lils, m.iis que Cléopàtre elle-même l'a engagée à demeurer, et à écouter ce qu'elle allait leur dire :

Mais voici mes deux fils que j'ai mandés cxprèa. Kcoute , et tu verras quel est cet hyménée Où se doit terminer cette ijlustre journée.

• Cet Oronte qui , comme ambassadeur, devait honorer la splendeur d'un hijmen , et qni ne dit pas un mot , joue dans cette scène nn bien mauvais personnage; mais une conlidcnle qui dit le secret de samailresse en joue un plus mauvais encore. C'est un moyen trop pelil , trop commun dans Us comédies. (Vv^

RODOGUNE, ACTE III, SCÈNE III

Fuyez, grande princesse, et souffrez cet adieu.

RODOGUNE

Va , je reconnaîtrai ce service en son lieu.

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