‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 825 sur 1093 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

RODOGUNE

Quoi ! je pourrais descendre à ce lâche artifice D'aller de mes amants mendier le service ^ , Et sous l'indigne appât d'un coup d'œil affété ,

' Comment une femme porte-telle ce grand maîlre? L'amour maître des dieux est une expression de madrigal indigna d'un ambassadeur. — Remarquons encore qu'on n'aime point à voir un ambassadeur jouer un rôle si peu considérable. (V.)

2 Voici Rodogune qui oublie , dans le commencement de ce monologue , et son danger et son amour : elle prend la hauteur de ces princesses de roman qui ne veulent rien devoir à leurs amants; celles de sa naissance ont, dit-elle, horreur des bassesses ; et cette scrupuleuse et modeste princesse qui a ditqu'/7 est des nœuds secrets, qu'il est des sympathies , dont par le doux rapport les âmes assorties, etc. et qui craint de s'avouer à elle-même la sympathie qu'elle a pour Antiochus; cette fille si timide va (la scène d'après) proposer à ses deux amants d'assassiner leur mère, et elle dit ici qu'elle ne veut pas mendier leur service ! Quoi ! elle craint de leur avoir la moindre obligation, et elle va leur demander le sang de Cléopàtre ! C'est au lecteur à se rendre compte de l'impression que ces contrastes font sur lui. (V.^

nOCOGUNE, ACTE III, SCÈNE P/.

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J'irais Jusqu'en leur cœur chercher ma silreté ' ! Celles de ma naissance ont horreur des bassesses ; Leur sang tout généreux hait ces molles adresses '. Quel que soit le secours qu'ils me puissent offrir, Je croirai faire assez de le daigner souffrir ^ : Je verrai leur amour, j'éprouverai sa force , Sans flatter leurs désirs , sans leur jeter d'amorce ; Et, s'il est assez fort pour me ser' ir d'appui , Je le ferai régp.er, mais en régnant sur lui.

SentinTents étouffés de colère et de haine, Rallumez vos flambeaux à celles de la reine ^ , Et d'un oubli contraint rompez la dure loi , Pour rendre enfin justice aux mânes d'un grand roi ; Rapportez à mes yeux son image sanglante , D'amour et de fureur encore étineelante ^ , Telle que je le vis , quand tout percé de f eup^J Il me cria : « Vengeance ! Adieu ; je meurs pour vous ! » Chère ombre, hélas ! bien loin de l'avoir poursuivie , J'allais baiser la main qui t'arracha la vie, Rendre un respect de fille à qui versa ton sang ! ftlais pardonne au devoir que m'impose mon rang : Plus la haute naissance approche des couronnes , Plus cette grandeur même asservit nos personnes '■' ; Nous n'avons point de cœur pour aimer ni haïr v ; Toutes noî; passions ne s?vent qa'ouéir. Après avoir arnié peur venger cet outrage , D'une paix mal conçue on m'a faite le gage ; Et moi , fermant les yeux sur ce noir attentat , Je suivais mon destin en victime d'État. Mais aujourd'hui qu'on voit cette main parricide . Des restes de ta vie insolemment avide, Vouloir encor percer ce sein infortuné ,

' Je ne sais si coite f!{;iii'o est hien juste : chercher ia sûreté ^oiis l'appât d'xn coup d'œil affilé. (V.)

* Mais si celles de sa naissance ont le sang tout généreux , commentcette générosité s'acccrtle-t-ene avecleparricide?(V.)

^ On ne doit jamais montrer as là liertc , qne quand en nous propose quelque chose d'inrrifine t^e nous ; dans tout autre cJîs, la lierté est méprisable. Cette fierté de Rodoguncne parait point placée : elle éprouvera la force Ce leur amour sans flatter leurs désirs, sans leur jeter d'amorce; et si cet amour est assez fort pour lui servir d'appui, elle fera régner cet amour en résinant sur lui. Et c'est pour débiter ce galimatias que Rodogune fait un monologue de soixante vers. (V.)

i Des sentiments qui rallument des flambeaux à la haine de la reine, et qui rompent la loi dure d'un oubli roiitraiiit pour »t'(/ff-c justice, ce sont des paroles (jui ne forment point un sens net; c'est un style aussi obscur qu'eini)hati(|ui' ; el on doit d'autant plus le remarquer, que plus d'un auteur a imité ces f:iules. { V.)

!> On dirait bien : Je crois le voir encore éliiicelniit de ch'iirniux ; mais ce n'est pas riiî:age qui est encore aiuiméc ; de plus , on n'étincelle point d'amour. (V.)

'' Ce.s réflexions sur la haute naissance qui approche des couronnes et qui asservit les personnes , son( (le ces lieux communs qui étaient pardonnables autrefois. (V.)

7 Ici , elle n'a point de cfpur pour aimer ni liaïr ; et , dans le même monologue, elle reprend un ereur pour aimer i-l haïr : ^.'^ antithèses, ces jeux de vers ne sont plus permis. 'V.i coii?(i.ir,i.r. — roMi; i.

Pour y chercher le cœur que lu m'avais donnée De la paix qu'elle rompt je ne suis plus le gage; Je brise avec honneur mon illustre esclavage ; J'ose reprendre un cœur pour aimer et haïr. Et ce n'est plus qu'à toi que je veux obéir.

Le consentiras-tu cet effort sur ma flamme > , Toi , son vivant portrait , que j'adore dans l'àme , Cher prince, dontje n'ose en mes plus doux souhails Fier encor le noi» aux murs de ee palais ? Je sais quelles seront tes douleitrs et tes craintes; Je vois d(\jà tes njaux, j'entends déjà tes plaintes : !Mais pardonne aux devoirs qu'exige enfin uu roi A qui tu dois le jour qu'il a pefdupour mo^ J'aurai mêmes douleurs, j'aurai mêmes alarmes; S'il t'en colite un soupir, j'en verserai des larmes ".

Mais, (lieux! (lue je me trouble en les voyant tous dcu». : Amour, qui me confonds, cache du moins tes feux ^; Et (montent de mon c(cur dontje te fais le maître , Dans mes regards surpris garde-toi de paraître,

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