‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 826 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

A NI lOCHUS , SELEUCUS , IIO DOC. UN !■:.

ANÏlOCHUS.

JNe vous offensez pas, princesse, de nous voir

De vos yeux à vous-même expliquer le pouvoir •. [rent ^ ;

Ce n'est pas d'aujourd'hui que nos cœurs en soupj-

' Consentir à, et non consentir le ; ce verbe gouverne to'ujours le datif, exprimé chez nous par la préposition à. Il est, vrai qu'au barreau on viole cette règle; mais le style du barreau est celui des barbarismes. (V.)

2 Que veut dire cela? veut-elle parler de l'ordre qu'elle Va donner à ses deux amants de tuer leur mère? est-ce là le cas d'un soupir? ne faut-il pas avouer que presque tous les sentiments de ce monologue ne sont ni assez vrais ni assez touchants ? (V.)

^ Enfin celte wèrric Rodogune, qui .«ongc à fawc assassiner une mère par ses propres tils , fait une invocation à l'amour, et le prie de ne pas paraître dans St's yei?x : voilà une singulière timidité pour une tille qui n'est plus jeune , qui a voulu épouser le père, qni eslamourer.se du fils, et qui veut fîfire assassiner la mère! La force t'e la situation a f.'iit apparcmïTient passer tous ces défauts, qui auj(^ùrd'ht'i seraient relevés sévèrement dans me pièce n(,Hi\ elle (V.) — Tout est nltéré dans la manière dont Voltaire pn'sinle ici les objets. Il n'est pas vrai (|ue lloilogune ne soit plus jeune. Ce -n'est pas elt'; qui a voulu épouser Nica nor; elle lui avait été promise peut-être sans la consulter, et comme on dispose de la main des j('un(^s princesses sans letn aveu, par des convenances pincmciit p<ili(i((ues. La proposition qu'elle va faire aux deux princes d^l.s^.l^^iner leur mère n'est. ■pas sérienie; efle sait trop ((ue ni lun ni l'autre n'en serait cH pable, et elle-même l'avouera dans une autre scène. (P.)

■'i El de quoi ^ eut-il qu'elle s'offense? de ce (jue deux frère,'; , dont l'un doit l'époii.ser et la (aire reine, joignent a l'offre jlu tr(ine un sei.,iment dont elle doit être charmée et honorée? Ce faux goût était introduit par nos romans de chevalerie, (lan;i l(!squels un héros était .sur de l'indignation de sa dame, qiiaiK! il lui avail fait sa déclaration; et ce n'elait qu'après beaucoup d(î temps et de fa(;ons qu'on lui pardonnait. (V.)

r> Cet ('// ne pariiit ^e rapporter à rien, car les ctrurs ne .sot' pireni pas (rc\pli(|ii(r un pouvoir. (V )

KODOGU^'E, ACTE III, SCÈNE IV

A VOS premiers regards tous deux ils se rendirent; Mais un profond respect nous fit taire et briller' ; Et ce même respect nous force de parler.

L'heureux moment approche ou votre destinée Semble être aucunement à la nôtre enchaînée ^ , Puisque d'un droit d'aînesse incertain parmi nous ' La nôtre attend un sceptre, et la vôtre un époux. C'est trop d'indignité que notre souveraine De l'un de ses captifs tienne le nom de reine < ; Notre amour s'en offense , et, changeant cette loi , Remet à notre reine à nous choisir un roi^. Ne vous abaissez plus à suivre la couronne^; Donnez-la , sans souffrir qu'avec elle on vous donne ; Réglez notre destin qu'ont mal réglé les dieux ; Notre seul droit d'aînesse est de plaire à vos yeux : L'ardeur qu'allume en nous une flamme si pure Préfère votre choix au choix de la nature , Et vient sacrifier à votre élection ?

Toute notre espérance et notre ambition.

Prononcez-donc , madame , et faites un monarque : Nous céderons sans honte à cette illustre marque * ; Et celui qui perdra votre divin objet 9 Demeurera du moins votre premier sujet ; Son amour immortel saura toujours lui dire Que ce rang près de vous vaut ailleurs un empire ; Il y mettra sa gloire , et , dans un tel malheur. L'heur de vous obéir flattera sa douleur.

RODOGUNE

Princes, je dois beaucoup à cette déférence De votre ambition et de votre espérance ; Et j'en recevrais l'offre avec quelque plaisir, Si celles de mon rang avaient droit de choisir '". Comme sans leur avis les rois disposent d'elles

' Un profond respect ne fait pas brûler, au contraire. (V.)

^ Aucunement est un terme de loi qui ne doit jamais entrer dans un vers. (V.)

' Incertain parmi nous, il veut dire incertain entre nous deux ; mais parmi ne peut jamais être employé pour entre. (V.)

■i Quelle indignité y a-t-il que Rodogune partage le trône avec celui qui sera roi de Syrie? Quoi! parce que ces deux princes s'appellent sescaptifs, il y aura de l'indignité qu'elle soit reine? C'est jouer sur les mots de reine et de captif; et c'est un ton de galanterie qui est bien loin du tragique. (V.)

5 II faudrait lui remet le choix : on ne dit point, je vous remets à décider, mais il vous appartient de décider,\je m'en remets à votre décision. (V.)

6 On ne suit point une couronne, on suit l'ordre, la loi qui dispose de la couronne. (V.)

7 Élection ne peut être employé pour choix; élection d'un empereur, d'un pape, suppose plusieurs suffrages. (V.)

* Onnccède point à tine illustre marque, même pour rimer avec monarque; il faudrait spécilier cette marque. (V.)

9 Votre divin objet ne peut &igmXi(ir votre divine pei'so7ine : une femme est bien l'objet de l'amour de quelqu'un , et , en style de ruelle, cela s'appelait autrefois l'objet aimé; mais une femme n'est point son propre objet. (V.)

'"Celte expression, celles de mon rang, est souvent employée : non-seulement elle n'est pas heureuse, mais ce n'est pas de rang qu'il s'agit; elle parle du traité qui l'oblige d'épouser l'aîné des

Pour affermir leur trône ou finir leurs querelles.

Le destin des États est arbitre du leur.

Et l'ordre des traités règle tout dans leur cœur • .

C'est lui que suit le mien , et non pas la couronne ' :

J'aimerai l'un de vous , parce qu'il me l'ordonne ;

Du secret révélé j'en prendrai le pouvoir 3,

Et mon amour pour naître attendra mon devoir 4.

N'attendez rien de plus , ou votre attente est vaine.

Le choix que vous m'offrez appartient à la reine ;

.l'entreprendrais sur elle à l'accepter de vous ^.

Peut-être on vous a tû jusqu'où va son courroux;

Mais je dois par épreuve assez bien le connaître

Pour fuir l'occasion de le faire renaître.

Que n'en ai-je souffert , et que n'a-t-elle osé !

Je veux croire avec vous que tout est apaisé ;

Mais craignez avec moi que ce choix ne ranime

Cette haine mourante à quelque nouveau crime ^ :

Pardonnez-moi ce mot qui viole un oubli

Que la paix entre nous doit avoir établi 7.

Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre;

Qui l'ose réveiller peut s'en laisser surprendre ^ ;

Et je mériterais qu'il me pilt consumer,

Si je lui fournissais de quoi se rallumer.

SÉLEUCUS

Pouvez-vous redouter sa haine renaissante , S'il est en votre main de la rendre impuissante? Faites un roi , madame , et régnez avec lui ; Son courroux désarmé demeure sans appui , Et toutes ses fureurs sans effet rallumées Ne pousseront en l'air que de vaines fumées 9.

deux frères. Ces mots , celles de mon rang , semblent être un terme de lierté qui n'est pas ici convenable. (V.)

' Il n'y a d'ordre des traités que par les dates; il fallait : la loi des traités, à moins qu'on n'entende par ordre celle loi même; mais le mot d'ordre est impropre dans ce sens. (V.)

^ Un cœur qui suit une couronne, tour impropre et forcé; cette faute est répétée deux fois. (V.)

3 Je prendrai du secret révélé le pouvoir de vous aimer; cela n'est pas français -.j'en prendrai est obscur. (Y.)

4 Un amour peut bien attendre le devoir pour se manifester, mais non pas pour naître; car, s'il n'est pas né, comment peutil attendre? Il eût fallu peut-être : et pour oser aimer j'attendrai mon devoir, ou bien , et j'attendrai pour aimer l'ordre de mon devoir. Voilà donc Rodogune qui déclare qu'elle se donnera à l'ainé, et qu'elle l'aimera : comment pourra-t-elle après déclarer qu'elle ne se donnera qu'à l'assassin de Cléopâtre, quand elle a promis d'obéir à Cléopâtre? (V.)

'■> On entreprend sur les droits , et non sur une personne. Entreprendre sur quelqu'un à accepter un choix, cela n'est pas français. (V.)

6 Ranime ne peut gouverner le dalif; c'est un solécisme.

7 On ne viole point im oubli , on ne l'établit pas d avantage ;

l'oubli ne peut être personnilié. (V.)

^ Se laisser surprendre d'un feu qu'on réveille ne parait pas juste; on n'est point surpris d'un feu qu'on aUise, mais on peut en être atteint. (V.)

9 De vaines fumées poussées en l'air par des fureurs, ne font pas , comme je l'ai remarqué ailleurs , une belle image ; et Corneille emploie tropsouvent ces fumées pousseesen l'air. (V.)

î\Iais a-t-elle intérêt au clioix que vous ferez , Pour en craindre les maux que vous vous figurez ' ? La couronne est à nous ; et , sans lui faire injure , Sans manquer de respect aux droits de la nature , Chacun de nous à l'autre en peut céder sa part , Et rendre à votre choix ce qu'il doit au hasard'. Qu'un si faible scrupule en notre faveur cesse : Votre inclination vaut bien un droit d'aînesse , Dont vous seriez traitée avec trop de rigueur 3, S'il se trouvait contraire aux vœux de votre cœur. Ou vous applaudirait quand vous seriez à plaindre^ ; Pour vous faire régner ce serait vous contraindre , Vous donner la couronne en vous tyrannisant, Et verser du poison sur ce noble présent. Au nom de ce beau feu qui tous deux nous consume , Princesse , à notre espoir ôtez cette amertume ^ ; Et permettez que l'heur qui suivra votre époux '"' Se puisse redoubler à le tenir de vous '.

RODOGUNE

Ce beau feu vous aveugleautantcomme il vous brille; Et, tâchant d'avancer, son effort vous recule ». Vous croyez que ce choix que l'un et l'autre attend Pourra faire un heureux sans faire un mécontent ; Et moi , quelque vertu que votre cœur prépare î», Je crains d'en faire deux si le mien se déclare "> : ÎS'on que de l'un et l'autre il dédaigne les vœux ; Je tiendrais à bonheur d'être à l'un de vous deux • ' ;

' Il parait naturel que Cléopàtre ait intérêt à ce choix, puisque Rodogunc pr'ul choisir le cadet , et que Cléopalre doit choisir l'ainé; de plus, la phrase est trop louche : a-t-elle intérêt pour en craindre? (V.)

'■ Chacun de nous peut céder sa part de son espérance, et rendre au choix de Rodogune ce qu'il doit au hasard : quel langage! quel tour! il faudrait au moins ce qutl devrait au hasard; car les deux frères n'ont encore rien. (V.)

^ Un droit d'aînesse dont on est traité avec rigueur; cela n'est pas français, et le vers n'est pas bien tourné. (V.)

^ /Ipplaudirait n'est pas le mol propre; c'est on vous félicilerait. (V.)

^ Qu'est-ce qu'ôler l'amertume à un espoir? (V.)

6 Un heur qui suit un époux , et qui redouble ù le tenir.' tout cela est impropre, et n'est ni bien construit, ni français; ce sont autant de l)arl)arismes. (V.)

7 C'est encore un barbarisme : «» heur qui redouble à le iPiiirl il semble que ce soit cet heur qui tienne. (V.)

" Cela n'est ni français, t.i noble, ni exact. Aveugler^ireculer sont des ligures qui ne peuvent aller en.semble : toute métaphore doit finir comme elle a commencé. Qu'est-ce que l'effort d'un feu qui recule deux princes tachant d'avancer? (V.)

9 Et moi , qacique vertu que votre cœur prépare..

ne parait pas bien dit; on ne prépare pas une vertu comme on prépare une réponse, un dessein , une action , un discours, etc (VJ

'" Elle craint d'en faire deux. On ne sait , par la construction , si c'est deux heureux ou deux mécontents; le mien veut dire mon cœur : toute cette tirade est un peu embrouillée. (V.)

'» Tenir à bonheur est une façon de parler de ce temps-là ; mais la belle poésie ne l'a jamais admise. (V.)

RODOGUNE, ACTE III, SCfCNE IV. 51:,

Mais souffrez que je suive enfin ce (|u'on m'ordonne : .Te me luettrai trop haut s'il faut que je me donne ; Quoique aisément je cède aux ordres de mon roi , Il n'est pas bien aisé de m'obtenir de moi. Savez-vous quels devoirs, quels travaux, quels servi- Voudront de mon orgueil exiger les caprices • ? [ces, Par quels degrés de gloire on me peut ihériter ^? En quels affreux périls il faudra vous jeter? Ce cœur vous est acquis après le diadème, Princes ; mais gardez-vous de le rendre à lui-iuéme ^ Vous y renoncerez peut-être pour jamais Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets.

SÉLEUCUS

Quels seront les devoirs, quels travaux, quels services Dont nous ne vous fassions d'amoureux sacrifices -i? Et quels affreux périls pourrons-nous redouter, Si c'est par ces degrés qu'on peut vous mériter ^ ?

ANTIOCIIUS.

Princesse, ouvrez ce cœur, et jugez mieux du nôtre; Jugez mieux du beau feu qui brûle l'un et l'autre, Et dites hautement à quel prix votre choix Veut faire l'un de nous le plus heureux des rois.

RODOGUNE

Princes , le voulez-vous?

ANTIOCHUS

C'est notre unique envie.

RODOGUNE

Je verrai cette ardeur d'un repentir suivie.

STÎLEUCUS.

Avant ce repentir tous deux nous périrons.

RODOGUNE

Enfin vous le voulez?

SÉLEUCUS

Nous vous en conjurons.

RODOGUNE

Eh bien donc! il est temps de me faire connaître. J'obéis à mon roi , puisqu'un de vous doit l'être'' ;

' Il est bien étrange qu'elle se serve de ce mot , et qu'elle ai> pelle caprice l'abominable proposition qu'elle va faire. (V.)

' Elle appelle un parricide degré de gloire ; si elle parle sérieusement , elle dit une chose aussi affreuse que fausse ; si c'est une ironie, c'est joindre le comique à l'horreur. (V.)

3 Ces idées et ces expressions ne sont pas nettes. Cœur acquis après le diadème.' elle veut dire : je dois mon cœur ù celui qui étant roi sera mon époux. Rendre à lui-même, veut dire : gardez-vous de faire dépendre la couronne du service que je vais exiger de vous. (V.)

4 On peut faire ini sacrilice de son devoir, de ses sentiments , de sa vie , (;t non de ses travaux et de ses services ; mai.s c'e.st par des services et des travaux (|u'on fait des sacrifices : et quelle expression que des sacrifices amoureux .' (V.)

5 Des périls ne sont point des degrés; on ne mérite point par des degrés : tout cela est écrit barbarcment. (V.)

^' N'est-il pas étrange que Rodogune prenne le prétexte d'obéir il son roi pour demander la tète de la mère de ce roi? comment pput-elle attester tous les dieux qu'elle est ronlrainlo

RODOGUNE, ACTE III, SCÈNE IV

Mais quand j'aurai parlé, si vous vous en plaignez, J'atteste tous les dieux que vous m'y contraignez , Et que c'est malgré moi qu'à moi-même rendue .l 'écoute une chaieur qui m'était défendue ■ ; Qu'un devoir rappelé me rend un souvenir Que la foi des traités ne doit plus retenir.

Tremblez, princes, tremblez au nom de votre père : Il est mort , et pour moi , par les mains d'une mère, .le l'avais oublié, sujette à d'autres lois ^ ; Mais libre, je lui rends enfin ce que je dois. C'est à vous de choisir mon amour ou ma haine, .l'aime les fils du roi , je hais ceux de la reine ^ : Réglez-vous là-dessus ; et , sans plus me presser, Voyez auquel des deux vous voulez renoncer. H faut prendre parti , mon choix suivra le vôtre : .le respecte autant l'un que je déteste l'autre. .Mais ce que j'aime en vous du sang de ce grand roi , S'il n'est digne de lui , n'est pas digne de moi. Ce sang que vous portez , ce trône qu'il vous laisse"*, Valent bien que pour lui votre cœur s'intéresse. Votre gloire le veut , Tamour vous le prescrit. Qui peut contre elle et lui soulever votre esprit 5. ^ Si vous leur préférez une mère cruelle , Soyez cruels , ingrats , parricides comme elle : Vous devez la punir, si vous la condamnez ; Vous devez l'imiter, si vous la soutenez**. Quoi! cette ardeur s'éteint! l'un et l'autre soupire! J'avais su le prévoir, j'avais su le prédire v

par les deux enfants à leur faire cette proposition? Ces subtilités huiit-elles naturelles? ne voit-on pas qu'elles ne sont employées que pour pallier une liorreur qu'elles ne pallient point? (V.)

• Une chaleur défendue, un devoir qui rend un souvenir, vn souvenir que les traités ne peuvent retenir, font un amas de lerihes impropres , et une construction trop vicieuse. (V.)

* On sent bien qu'elle veut dire : je ne Vnvais pas vengé; mais le met à.'ouMier,qnànd il est seul , s'îghitie pcrrfre la niévioire, excepié dans les cas suivants -.je veux bien l'oublier, vous devez l'cuMler, il faut oublier les injures, etc. : on n'est point sujette à des lois; cela n'est pas français : et de quelles lois veut-elle parler? (V)

^ Cette antithèse est-elle bien naturelle? lin'esitùàtion'fefriblc permet-elle ces jeux d'esprit? comment peut-on en effet haïr et aimer les mêmes personnes? Et ce n'est point ainsi que parle lu nature. (V.)

4 On ne porte point un sang : il était aisé de dire : ce sang qui coule en^vous, ou le sang dont vous sortez. (V.)

5 Le sens est louche : contre c^/e signilie contre votre'gloire ; et lui signilie votre amour : c'est la le sens-, mais il faut le chercher. La clarté est la première loi de l'art d'écrire ; et puis , comment l'esjjrit de ces princes peut-il être soulevécontre leur gloire? est-ce parce qu'ils s'effrayent d'un parricide? (V.)

(> Rien de tout cela ne parait vrai : un lils n'est point du tout obligé de punir sa mère, quoiqu'il condamne ses crimes; il doit encore moins l'imiter, quoiqu'il lui pardonne. Faut-il un raisoiuu-ment faux pour persuader une action détestable? Que veut dire, en effet, vous devez Vimiler, si vous la soutenez? Cléopàtre a tué son mari , ses enfants doivent-ils tuer leurs femmes? (V.)

. .7 Si elle a su le prévoir, comment s'exposc-t-elle à toute l'horreur qu'elle mérite qu'on ait pour elle? (V.)

ANTTOCHUS.

Princesse...

RODCGONE.

Il n'est plus temps , ie mot eh est lâché ' Quand j'ai voulu me taire , en vain je Tài tuclié ^ Appelez ce devoir haine, rigueur, colère ^ ; Pour gagner Rodogune il faut venger un père ; .Te me donne à ce prix : osez me mériter 4 ;

■ 11 semble q.uc celte idée affreuse et méditée lui soit échappée dans le feu de la conversation ; cependant elle a préparé avec beavicbup d'àrtilice la proposHion révoltante qu'elle fait.

^ En vain je l'ai tàcf\é n'est pas français; en dit : je l'ai voulu, je l'ai essayé, parce qu on veut une chose, on IVssaye, mais on ne Ja tâche pas. (V.)

3 On A'oil trop que colère n'est là que pour rimer. (V.)

■i II est vrai que tous les lecteurs sont révoltés qu'une princesse si douce , si retenue , qui tremble de prononcer le nom de son amant , qui craignait de devoir quelque chose à ceux ([ui prétendaient à elle, ordonne de sang- froid un parricide à des princes qu'elle connaît vertueux , et dont elle ne savait pas un moment auparavant qu'elle fût aimée; elle se fait détester, elle sur ((ui l'intérêt de la pièce devait se rassembler. Cette situation pourtant insp'reun intérêt de curiosité; on ne peut enéiirouver d'autre. Cléôpi'itre est trop odieuse; Rodogune le tlcvicnten ce moment autant quelle, et fjeaucoup plus méprisable, parce que, contre toutes les lois que la raison a prescrites au théâtre, elle a changé de caractère. L'amour dans celte pièce ne peiit toucher le ctt'ur, parce qu'il n'agit qu'à reprises interronrpues , qu'il n'est point combattu, qu'il ne prouuii poli.t de danger, et quïl est prescMjy toujours exprimé en vers languissants, obscurs, ou du style de la comédie. L'amitié des deux frères ne fait pas Ip grand effet /{u'qa en attend , parce que l'amitié seule ne peut produire de grands mouvements au tliéàtre que quab.d un ami risque sa vie pour son ami en danger. L'amitié qui ne va qu'à lîe se point brouiller pour une maîtresse est froide, et rend l'amour froid. La plus grande faute pedt-éire dans ceite piè'-re, est que tout y est ajusté au théâtre d'une manière peu vraisemblable, et quelquefois contradictoire; car il est contradictoire que cet ambassadeur Oronte soit instruit de l'amour des deux frères , et que Rodogune ne le sache pas. Il n'est guère possible qu'Antiochus aime une mère parricide; et c'est une chose trop forcée que Cléopàtre demande la tête de Rodogune, et Rodogune la tête de Cléopàtre, dans la même heure et aux mêmes personnes , d'autant plus que ce meurtre horrible n'est nécessaire ni à l'une ni à l'autre; toutes deux même, en faisant celle proposition, risquent beaucoup plus ([u'eiles ne peuvent espérer. Les hommes les moins instruits sentent trop que toutes ces propositions si forcées, si peu naturelles, sont l'échafaud r)'<-éparé pourétal'lirleoinquième^cte. Cependant l'auteur a voulu tju'Anliochixs put balancer entre sa mère et sa maîtresse, quand eiles s'accuseront l'une et l'autre d'un parricide et d'un «mpoisonnement ; mais il était impossible qu'Antiochus fut raisonnablement indécis entre ces deux princesses, si elles n'avaient paru également coupables dans le cours de la pièce. Il fallait donc nécessairement que Rodogune put être soupçonnée avec quelque vraisemblance; mais aussi Rodogune, en se ren!l;;iit si coupable, changeait decaractèreet devenaitodieuse; il fallait donc trouver quelque autre nœud, quelque autre intrigue qui sauvât le caractère de Rodogune; il fallait qu'elle parût coupable et qu'elle ne le fût pas : ce moyen eût encore eu de grands inconvénients. Il reste à savoir s'il est permis d'amener une grande beauté par de grands défauts, et c'est sur quoi je n'ose prononcer; mais je doute qu'une pièce remplie de ces di'fauîs essentiels, et en général si mal écrite, pût aujourd'hui être soufferte jusqu'au quatrièiue acte par une assemblée de gens de goût ((ui ne prévoiraient pas les beautés du cinquième. (V.)

rodoglj.M!:, acte m, scène v.

ÔI7

Et voyez qui de vous daignera ni'accej)ter. j^ dieu, princes'

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