MARTIAN , LÉONTINE , EXUPÈRE , EUDOXE
MARTIAN
Madame, dois-je croire un billet de Maurice.' Voyez si c'est sa main , ou s'il est contrefait ; Dites s'il me détrompe, ou m'abuse en effet , Si je suis votre fils , ou s'il était mon père : Vous en devez connaître encor le caractère. LÉONTINE lit le billet.
« Léontine a trompé Phocas * , « Et, livrant pour mon fils un des siens au trépas ,
' C'est encore un dialogue de comédie ; mais le coup de Uiéàtre est frappant. (V.)
* C'est ici que l'intrigue se noue plus que jamais; c'est une énigme à deviner. Ce Martian, cru Léonce, esl-il fils de Maurice, ou de Phocas, ou de Léontine? Le spectateur cherche la vérité; il est très-occupé sans être ému. Ces incertitudes n'ont pu encore produire ces grands mouvements , cette terreur, ce pathétique , qui sont l'âme de la vraie tragédie ; mais nous ne sommes encore qu'au second acte. Il semhle que l'on aurait pu tirer un bien plus grand parti de l'invention deCaldéron; rien n'était peut-être plus tragique et plus singulier que de voir deux héros, élevés dans les forets, dans la pauvreté, dans l'ignorance d'eux-mêmes, qui déploient i\ la première occasion leur caractère de grandeur ; ce sujet , traité avec la vraiaem-
« Dérobe à sa fureur l'héritier de l'empire. « O vous qui me restez de fidèles sujets , « Honorez son grand zèle, appuyez ses projets ! « Sous le nom de Léonce Héraclius respire.
« Maurice. »
( Elle rend le billet à Exupère, qui le lui a donné, et
continue. ) Seigneur, il vous dit vrai : vous étiez en mes mains Quand on ouvrit Bysance au pire des humains ». Maurice m'honora de cette confiance ; Mon zèle y répondit par delà sa croyance. Le voyant prisonnier et ses quatre autres fils , Je cachai quelques jours ce qu'il m'avait commis ; Mais enfin , toute prête à me voir découverte , Ce zèle sur mon sang détourna votre perte *. J'allai pour vous sauver vous offrir à Phocas ; Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas ^. La généreuse ardeur de sujette fidèle Me rendit pour mon prince à moi-même cruelle : Mon fils fut , pour mourir, le fils de l'empereur. J'éblouis le tyran , je trompai sa fureur : Léonce , au lieu de vous , lui servit de victime.
( Elle fait un soupir.) Ah! pardonnez , de grâce; il m'échappe sans crime •*. J'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir ^ ; Ce n'est pas trop , seigneur, pour un tel souvenir : A cet illustre effort par mon devoir réduite , J'ai dompté la nature, et ne l'ai pas détruite.
Phocas, ravi de joie à cette illusion. Me combla de faveurs avec profusion , Et nous fit de sa main cette haute fortune ^ Dont il n'est pas besoin que je vous importune.
Voilà ce que mes soins vous laissaient ignorer; Et j'attendais, seigneur, à vous le déclarer,
blance qu'exige notre théâtre, aurait reçu de la main de Corneille les beautés les plus frappantes ; mais un billet de Maurice dans les mains de Léontine ne peut faire ce grand effet ; cela exige des vers de discussion qui énervent le tragique et refroidissent le cœur : aussi la pièce est jusqu'à présent plutôt une affaire difficile à démêler qu'une tragédie. (V.)
• On sent bien qu'il fallait un expression plus noble que pire des humains. (V.)
^ Ce vers est trop obscur. Comment détoume-t-on la perle d'un autre sur son sang? (V.)
3 Cette subtilité affaiblit le pathétique de l'image. (V.)
4 Cela ne serait pas souffert à présent. Il était aisé de mettre : pardonnez ce sovpir, il m'échappe sans crime. Le mal est que ce soupir d'une mère est accompagné d'une dissimulation qui affaiblit tout sentiment tendre. Léontine ne se montre jusqu'ici qu'une intrigante qui a voulu jouer un rôle à quelque prix que ce fut. (V.)
5 J'ai pris pour vous sa vie , etc.
n'est pas français; il faut : fai donné »n vie pour voiK^,v:. non \>aiS j'ai pris. (V.) <y De sa main est de trop (V.)