‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 873 sur 1093 · HÉRACLIUS, EUDOXE · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS, EUDOXE

HÉRACLIUS

Vous avez grand sujet d'appréhender pour elle :

l'hocas au dernier point la tiendra criminelle;

Et je le connais mal , ou , s'il la peut trouver,

Il n'est moyen humain qui puisse la sauver.

Je vous plains, chère Eudoxe, et non pas votre mère :

Elle a bien mérité ce qu'a fait Exupère;

Il trahit justement qui voulait me trahir.

EUDOXE

Vous croyez qu'à ce point elle ait pu vous haïr, Vous pour qui son amour a forcé la nature => ?

HÉRACLIUS

Comment voulez-vous donc nommer son imposture? ]M 'empêcher d'entreprendre , et , par un faux rapport , Confondre en Martian et mon nom et mon sort ^ ; Abuser d'un billet que le hasard lui donne ; Attacher de sa main mes droits à sa personne, Et le mettre en état , dessous sa bonne foi ^ , De régner en ma place , ou de périr pour moi : Madame , est-ce en effet me rendre un grand service ?

EUDOXE

Eût-elle démenti ce billet de IMaurice?

Et l'eilt-elle pu faire , à moins que révéler Ce que surtout alors il lui fallait celer ? Quand Martian par là n'eût pas connu son père, C'était vous hasarder sur la foi d'Exupère : Elle en doutait , seigneur ; et , par l'événement , Vous voyez que son zèle en doutait justement.

' L'ombarras croît, le nœud se redouble. Héracliu.s se croit tralii par Léontine et i)ar Exupère : mais il n'est point encore en péril; il est avec sa maîtresse; il raisonne avec elle sur l'aventure (lu billet. Les passions de l'àme n'ont encore aucune influcncf! sur la pièce; aussi les vers de cette scène sont tous de ,ai.sonnenient. C'est, à mon avis, l'opposé de la véritable tragédie. Des discussions en vers froids et durs peuvent occuper res))rit d'un spectateur ipii s'obstine à vouloirconiprendre cette énisrae ; mais ils ne peuvent aller au cceur, ils ne peuvent exciter ni crainte, ni pitié, ni admiration. (V.)

^ Il eut été mieux , je crois , de dire : a dompté la nature; car {iirccr la ualiirfi si^iïitie pousser la nature trop loin. (V.)

^ L'expression n'est ni juste ni claire; il veut dire •.donner à Miirtiiin mon nom et mes droils. (V.)

^ On ue dit ni sous, ni dessous la bonne foi; cela n'est pas Irançals. (V.)

CORXEM.LC. — TOME I.

I Silre en soi des moyens de vous rendre l'empire ' , 1 Qu'à vous-même jamais elle n'a voulu dire ' , j Elle a sur IMartian tourné le coup fatal

De l'épreuve d'un cœur qu'elle connaissait maP.

Seigneur, où seriez-vous sans ce nouveau service?

HÉRACLIUS

Qu'importe qui des deux on destine au supplice? Qu'importe , Martian , vu ce que je te doi , Qui trahisse mon sort, d'Exupère ou de moi? Si l'on ne me découvre, il faut que je m'expose ; Et l'un et l'autre enfin ne sont que même chose , Sinon qu'étant trahi je mourrais malheureux , Et que , m'offrant pour toi , je mourrai généreux 4.

EUDOXE

Quoi ! pour désabuser une aveugle furie , Rompre votre destin , et donner votre vie * !

HÉRACLIUS

Vous êtes plus aveugle encore en votre amour. Périra-t-il pour moi quand je lui dois le jour ? Et lorsque sous mon nom il se livre à sa perte, Tiendrai-je sous le sien ma fortune couverte ? S'il s'agissait ici de le faire empereur, Je pourrais lui laisser mon nom et son erreur ; Mais conniver en lâche à ce nom qu'on me vole , Quand son père à mes yeux au lieu de moi l'immole ! Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort'' ! Vivre par son supplice , et régner par sa mort !

EUDOXE

Ah ! ce n'est pas , seigneur, ce que je vous demande ; De cette lâcheté l'infamie est trop grande. Montrez-vous pour sauver ce héros du trépas ; Mais montrez-vous en maître, et ne vous perdez pas ; Rallumez cette ardeur où s'opposait ma mère, Garantissez le fils par la perte du père;

» On n'est point sûr en soi. Mais comment Léontine est-elle si sûre du succès? elle a toujours parlé comme une femme qui veut tout faire et ([ui ne doute de rien ; mais elle n'a point agi , elle n'a fait aucune démarche pour s'éelaircir avec Exupère; il était pourtant bien naturel (ju'elie s'informât de tout , et encore plus naturel qu'Exupère la mit au tait. 11 semble qu'Exupère et Léontine aient songé à rendre l'énigme difficile, plutôt qu'à servir véritablement. (V.)

2 Par la construction : elle n'a pas voulu dire l'empire, elle veut parler des moyens. 11 faut soigneusement éviter ces phrases louches, ces amphibologies de construction. (V.)

5 Tourner le coup de Véprcuve d'un cœur n'est pas intelligible ; et tout ce raisonnement d'Eudoxe est un peu obscur. ( V .)

4 Ici tous les sentiments sont en niisonnement, et exprimés d'un ton didactique , dans un style qui est celui de la prose nég\\^ée. l\e sont que même chose, sinon, n'est pas français. (V.)

^ Rompre un destin , dcsatiuser une furie aveugle! on ne iésabuse point une furie, on ne rompt point un destin; ce ne sont pas les mots propres. (V.)

6 Cette expression n'est grammaticale en aucune langue, et n'est pas intelligible; il veut dire: (ju'il subisse la mort (jui m'était destinée; mais le fond de ces sentiments est héroïque, c'est dommage qu'ils soient si mal exprimés. (V.)

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