SCÈNE PREMIÈRE
UÉRACLIUS.
Quelle confusion étrange ^
De deux princes fait un mélange
' Il me semble qu'au conlraire elle doit dire : Enl-il bien vrai, ne me trompez-vous point? quelle preuve pouvezvous me donner? faites-moi parler à quelques conjurés; je devrais les connaitre tous, puisque je me suis vantée de tout faire, mais je n'en eonnais pas un; je devrais être d'intelligence avec vous; nous détestotu tous deux le tyran; il a immolé votre père; il m'en coûte mon fils; le mime intérêt nous joint : il est ridicule que je ne sache rien; mettez-moi an fait de tout, et je verrai ce que je dois croire et ce que je dois faire. Au lieu dédire ce qu'elle doit dire, elle appelle Exupére lâche, grossier et brutal. (V.)
' Elle doit au moins atleiulre qu'Exupère lui ait fait ces coules. Je ne sais si je me trompe, mais la lin de celte scène entre deux subalternes approche un peu trop d'une scène de comédie, dans laquelle personne ne s'entend; d'ailleurs elle parait inutile a la pièce; elle ne conclut rien. Aime-t-on avoir deux subalternes qui ne s'entendent point, et qui devraient s'entendre? Que font pendant ce temps-là les deux héros de la pièce? rieu du tout : U parait qu'il serait mieux de les faire agir. (V.)
^ On a presque toujours retranché aux représentations ces stances; elles ne valent ni celUy» de Polyeuctc, ni celles du Cid : ce n'esl qu'une ode du poêle sur llncerUlude où les héros
Qui met en discord deux amis !
Un père ne sait où se prendre ; Et plus tous deux s'osent défendre Du titre infâme de son lils , Plus eux-mêmes cessent d'entendre Les secrets qu'on leur a commis.
Léontine avec tant de ruse Ou me favorise ou m'abuse , Qu'elle brouille tout notre sort :
Ce que j'en eus de connaissance Brave une orgueilleuse puissance Qui n'en croit pas mon vain effort; Et je doute de ma naissance Quand on me refuse la mort, , ^
Ce fler tyran qui me caresse Montre pour moi tant de tendresse Que mon cœur s'en laisse alarmer :
Lorsqu'il me prie et me conjure, Son amitié paraît si pure.
Que je ne saurais présumer Si c'est par instinct de nature , Ou par coutume de m'aimer.
Dans cette croyance incertaine , J'ai pour lui des transports do haine Que je ne conserve pas bien :
Cette grâce qu'il veut me faire Étonne et trouble ma colère ; Et je n'ose résoudre rien , Quand je trouve un amour de père En celui qui m'ôta le mien.
Retiens , grande ombre de Maurice , Mon âme au bord du précipice Que cette obscurité lui fait , Et m'aide à faire mieux connaître Qu'en ton fils Dieu n'a pas fait naître Un prince à ce point imparfait , Ou que je méritais de l'être , Si je ne le suis en effet.
Soutiens ma haine qui chancelle, Et redoublant pour ta querelle Cette noble ardeur de mourir, Fais voir.... Mais il m'exauce; on vient me secourir.
de la pièce sont de leur destinée; ce n'est qu'une répétition de tous les sentiments tant de fois étalés dans la pièce ; et, puisque c'est une répétition, c'est un défaut. Un mélange de deux princes, deux amis en discord, un sort brouillé, ce qu' Héraclius a de connaissance qui brave une orgueilleuse puissance, ne sont pas des manières de parler qui puissent entrer ni dans une tragédie , ni dans des stances. (V )