‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 888 sur 1093 · HÉRACLIUS, ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS, ACTE V, SCÈNE III

flÊRACLlUS.

C'est vous le rendre assez que le faire connaître.

PHOCAS

C'est me l'oter assez que me le supposer.

HÉRACLIUS

C'est vous le rendre assez que vous désabuser ' .

PHOCAS

Laisse-moi mon erreur, puisqu'elle nî'est si chère, je t'adopte pour flls, accepte-moi pour père : Fais vivre Héraclius sous l'un ou l'autre sort ^ ; Pour moi , pour toi , pour lui , fais-toi ce peu d'effort.

HÉRACLIUS

Ah ! c'en est trop enOn, et ma gloire blessée Dépouille un vieux respect où je l'avais forcée 3. De quelle ignominie osez-vous me flatter? Toutes les fois, tyran , qu'on se laisse adopter, On veut une maison illustre autant qu'amie,' On cherche de la gloire, et non de l'infamie; Et ce serait un monstre horrible à vos États Que le fils de IMaurice adopté par Phocas.

PHOCAS

Va , cesse d'espérer la mort que tu mérites ;

Ce n'est que contre lui , Idche , que tu m'irrites :

Tu te veux rendre en vain indigne de ce rang;

Je m'en prends à la cause, et j'épargne mon sang.

Puisque ton amitié de ma foi se défie

Jusqu'à prendre son nom pour lui sauver la vie

Soldats, sans plus tarder, qu'on Tiinmole à ses yeux ;

Et sois après sa mort mon fils , si tu le veux.

HÉRACLIUS

Perfides , arrêtez !

MARTIAN

Ah! que voulez-vous faire ,

Prince?

HERACLIUS

Sauver le fils de la fureur du père.

Conservez-lui ce fils qu'il ne cherche qu'en vous; Ke troublez point un sort qui lui semble si doux. C'est avec assez d'heur qu'Héraclius expire, Puisque c'est en vos mains que tombe son empire. Le ciel daigne bénir votre sceptre et vos jours !

• Ces répélitions : ôter assez, rendre assez ^ font une espèce de jeu de mots et de symétrie , qui, n'ajoutant rien à la situation , peuvent faire languir. (V.)

* On ne peut dire : vivre sous un sort. (V.)

3 Je ne sais si Héraclius, dans l'incertitude où il est de sa naissance, doit répondre avec tant d'indignation et de mépris à un empereur qui est peut-être son père. Cette scène d'ailleurs fait un Rrand effet, quoique la perplexité où est le spectateur n'ait l)oint augmenté; mais c'est beaucoup que, dans un tel sujet, elle soit toujours entretenue : c'est un très-grand art d'y être parvenu, et c'est une grande ressource de génie. Martian fait seulement un personnage froid dans la scène ; il n'y parle qu'une fois, et est un personnage purement passif. (V.)

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