HKRACLIUS, ACTE V, SCÈNE VIT
LEONTINE.
Seigneur, un tel succès à peine est concevable ' ; Et d'un si grand dessein la conduite admirable....
HÉRACLius, à Exiipère.
Perlide généreux , hâte-toi d'embrasser * Peux princes impuissants à te récompenser.
EXUPÈUE, à HéracUus.
Seigneur, il me faut grâce ou de l'un ou de l'autre : J'ai répandu son sang, si j'ai vengé le vôtre.
MARTIAN
Qui que ce soit des deux , il doit se consoler
De la mort d'un tyran qui voulait l'immoler :
Je ne sais quoi pourtant dans mon cœur en murmure.
HÉRACLIUS
Peut-être en vous par là s'explique la nature : Mais , prince , votre sort n'en sera pas moins doux . Si l'empire est à moi , Pulchérie est à vous. Puisque le père est mort, le fils est digne d'elle.
(à Léontine.) Terminez donc, madame, enfin notre querelle.
LÉONTINE
Mon témoignage seul peut-il en décider ?
MARTIAN
Quelle autre sûreté pourrions-nous demander ^P
LÉONTINE
Je vous puis être encor suspecte d'artifice. INon, ne m'en croyez pas; croyez l'impératrice i
' Léontine a très -grande raison de concevoir à peine une chose qui n'est nullement vraisemblable : elle dit que la conduite de ce dessein est admirable; mais c'était à elle à conduire cedessein , puisqu'elle avait tant promis de tout faire. C'est une suljalterne quia voulu jouer un rôle principal , et qui ne l'a pas joué : il se trouve qu'elle ne fait autre chose, dans les premiers actes et dans le dernier, que de montrer des billets; elle a été, aussi bien que Phocas , la dupe d'un autre subalterne. Héraclius , Martian , Pulchérie , Eudoxe , n'ont contril)u6 en rien ni au nœud ni au dénoùment. La tragédie a été une méprise continuelle, etcnlin Exupéreatout fait par une espèce de prodige. Remarquez encore que celle mort de Phocas n'est là qu'un événement inattendu , qui ne dépend point du tout du fond du sujet, qui n'y est point contenu, qui n'est point tiré , comme on dit, des entrailles de la pièce: autant vaudrait que Phocas mourut d'apoplexie. Du moins Caldéron fait mourir Phocas en combattant contre Uéraclius. (V.)
» Une nuée de critiques s'est élevée contre la Motte pour avoir affecté de joindre ainsi des épithètes qui semblent incompatibles. On ne s'avise pas de n-prendre le per/klc (jéncrcux de Corneille. Quand un homme a établi sa réputation par des morceaux sublimes , et qu'un siècle entier a mis le sceau à sa gloire , on approuve en lui ce qu'on censure dans un contemporain. C'est ce qu'on voit en Angleterre, où l'on élève Shakespeare au-dessus de Corneille, et ou l'on siffle ceux qui l'imitent. J'avoue que je ne .sais si perfide yénéreux est un défaut ou non, mais Je ne voudrais pas employer cette expression. (V.)
3 Je ne vois pas qu'on doive si aveuglément s'en rapporter au témoignage stuil de Léontine , que .sa conduite mystérieuse a pu rendre trés-susp<'cte ; et , dans de si grands intérêts , il faut des preuves claires. (V.)
'' La naissance des deux princes n'est enfin éclaircie que par
(à Pulchérie , lai donnant un billet. ) Vous connaissez sa main , madame; et c'est à vous Que je remets le sort d'un frère et d'un époux. Voyez ce qu'en mourant me laissa votre mère.
PULCHÉRIE
J'en baise en soupirant le sacré caractère.
LÉONTINE
Apprenez d'elle enfin quel sang vous a produits. Princes'.
HÉRACLIUS, à Eudoxe.
Qui que je sois, c'est à vous que je suis.