CONSTANTINE
PULCHÉRIE, à Uéraclius.
Ah! vous êtes mon frère!
HÉRACLIUS, à Pulchérie.
Et c'est heureusement Que le troubleéclairci vous rend à votre amant.
LÉONTINE , à Uéraclius.
Vous en saviez assez pour éviter l'inceste ,
un billet de Constantine , dont il n'a point été question ju.squ'à présent. On est tout étonné que Constantine ait écrit ce billet. Il ne faut jamais jeter dans les derniers actes aucun incident principal qui ne soit bien préparé dans les premiers, et attendu même avec impatience. Toutes ces raisons , qui me paraissent évidentes, font que le cinquième acte d'Hcraclius est beaucoup inférieur à celui de Rodogunc. La pièce est d'un genre singulier, qu'il ne faudrait bniter qu'avec les plus grandes précautions. (V.)
' La reconnaissance suit ici la catastroplie. On doit très-rarement violer, la règh; qui veut au contraire que la reconnai.ssance précède. Cette règle est dans la nature ; car, lorsque la péripétie est arrivée , quand le tyran est tué , personne ne s'inlére.ss(! au reste. Q'imporle qui des deux princes est Héraclius? Si Joas n'était reconnu qu'après la mort d'Athalie , la pièce linirait trèsfroidement. 11 me semble qu'il se présentait une situation , une péripétie l)icn théâtrale : Phocas, méconnaissant son iils Martian , voudrait le faire périr ; Uéraclius , son ami , en le défendant, tuerait Phocas, et croirait avoir commis un parricide; Léontine lui dirait alors : Fous croyez vous être souillé du sang de voire père , vous avez puni l'assassin du vôtre. (V.) — Le plan que propose ici Voltaire nous parait d'une trèsgrande beauté : il prouve la profonde connaissance qu'il avait deseffets du théâtre; ets'ilavaitsouvent développé dépareilles vues, au lieu de s'arrêter à des critiques de mots, il eut pai'u vraiment digne déjuger Corneille. (P.)
' Tout cela ressemble peut-être plus à une question d'Étal, à un procès par écrit, qu'au palliélique d'une tragédie. (V.)
57C exami:n 1)
Et non pas pour vous vendre un tel secret funeste.
(à Martian.) Mais pardonnez , seigneur, à mon zèle parfait Ce que j'ai voulu faire, et ce qu'un autre a fait.
MARTIAN
Je ne m'oppose point à la commune joie; Mais souffrez des soupirs que la nature envoie. Quoique jamais Phocas n'ait mérité d'amour, Un fils ne peut moins rendre à qui l'a mis au jour : Ce n'est pas tout d'un coup qu'à ce titre on renonce.
HÉBACLIUS.
Donc, pour mieux l'oublier, soyez encor Léonce ' ; Sous ce nom glorieux aimez ses ennemis , Et meure du tjTan jusqu'au nom de son fils ^ !
( à Eudoxe. ) Vous , madame , acceptez et ma main et l'empire En échange d'un cœur pour qui le mien soupire ^.
EUDOXE, à Héraclius.
Seigneur, vous agissez en prince généreux 4.
HÉBACLIUS, à Exupère et Amintas.
Et vous dont la vertu me rend ce trouble heureux ^ , Attendant les effets de ma reconnaissance. Reconnaissons, amis , la céleste puissance; Allons lui rendre hommage, et, d'un esprit content , Montrer Héraclius au peuple qui l'attend^.
• On a déjà dit que ce mot donc ne doit jamais commencer un vers. (V.)
* II semble que ce soient les ennemis de Léonce ; il entend apparemment les ennemis de Phocas. (V.)
^ On ne peut dire que danslestyle delacomédie : en échange d'un cœur*. — Remarquez encore que ce mariage n'est point un échange d'un cœur contre une main; ce sont deux personnes qui s'aiment. (V.)
4 11 fautdans la tragédie autre chose que des compliments ; et celuici ne parait pas convenable entre deux personnes qui s'aiment. (V.)
5 Rendre un (rouble heureux à quelqu'un; cela n'est pas français. En général, la diction de cette pièce n'est pas assez pure , assez élégante , assez noble. Il y a de très-beaux morceaux : l'intrigue occupe l'esprit continuellement; elle excite la curiosité ; et je crois qu'elle réussit plus à la représentation qu'à Ja lecture. (V.)
(> Louis Racine, lils de l'admirable Jean Racine, a fait un traité de la poésie dramatique, avec des remarques sur les tragédies de son illustre père. Voici comme il s'explique sur l'/Zeraclius de Corneille. « On croirait devoir trouver quelque res- « semblance entre Héraclius et Athalie, parce qu'il s'agit dans « ces pièces de remettre sur un trône usurpé un prince à qui ce « trône appartient ; et ce princea été sauvé du carnage dans son « enfance. Ces deux pièces n'ont cependant aucune ressem- « blance entre elles , non-seulement parce qu'il est bien diffé- " rentde vouloir remettre sur le trône un prince en âge d'agir •' par lui-même , ou un enfant de huit ans ; mais parce que Corn neille a conduit son action d'une manière si singulière et si « compliquée, que ceux qui l'ont lue plusieurs fois, et même
Voltaire, troynnt avoir la qui pour le mien soupire., ajoute ici : n Un homme ne doit jamais dire d'uaefemme : cUe soupire pour moi. »
HÉRACLIUS