‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 902 sur 1093 · ANDROMEDE, PROLOGUE · texte numérisé non relu

ANDROMEDE, PROLOGUE

Pour lui faire avec joie attendre les années Qui feront éclater les belles destinées J)es peuples ipie son bras lui doit assujettir. Calliope ta soeur, déjà d'un œil avide Cherche dans l'avenir les faits de ce grand roi , Dont les hautes vertus lui donneront emploi Pour plus d'une Iliade et plus d'une Enéide.

MELPOMÈ^E.

Que je porte d'envie à cette illustre sœur,

Quoique j'aie à craindre pour elle Que sous ce grand fardeau sa force ne chancelle ! Mais, quel qu'en soit enfin le mérite et l'honneur,

J'aurai du moins cet avantage Que déjà je le vois , que déjà le lui plais , Et que de ses vertus , et que de ses hauts faits Déjà dans ses pareils je lui trace une image. Je lui montre Pompée, Alexandre, César, Mais comme des héros attachés à son char; Et tout ce haut éclat oii je les fais paraître Lui peint plus qu'ils n'étaient, et moins qu'il ne doit LE SOLEIL. [être.

Il en effacera les plus glorieux noms Dès qu'il pourra lui-même animer son armée; Et tout ce que d'eux tous a dit la renommée Te fera voir en lui le plus grand des Bourbons. Son père et son aïeul tout rayonnants de gloire, Ces grands rois qu'en tous lieux a suivis la Victoire, Lui voyant emporter sur eux le premier rang , En deviendraient jaloux s'il n'était pas leur sang. Mais vole dans mon char, muse ; je veux l'apprendre Tout l'avenir d'un roi qui t'est si précieux.

MELPOMÈNE

Je sais déjà ce qu'on doit en attendre , Et je lis chaque jour son destin dans les cieux.

LE SOLEIL

Viens donc, viens avec moi faire le tour du monde;

Qu'unissant ensemble nos voix , Nous fassions résonner sur la terre et sur l'onde Qu'il est et le plus jeune et le plus grand des rois.

MELPOMÈ.^E.

Soleil , j'y vole ; attends-moi donc , de grâce.

LE SOLEIL

Viens , je t'attends , et te fais place. MELPOMÈKE vole duns le char du Soleil, et, y ayant pris place auprès de lui, ils mussent leurs voix, et chantent cet air à la louange du roi. Le dernier vers de chaque couplet est répété par le chœur de la musique.

Cieux, écoutez ; écoutez , mers profondes ;

Et vous, antres et bois , Affreux déserts , rochers battus des ondes , Redites après nous d'une commune voix : Louis est le plus jeune et le plus grand des rois.

La majesté qui déjà l'environne Charme tous ses Français' ;

Il est lui seul digne de sa couronne ; Et quand même le ciel l'aurait mise à leur choix , Il serait le plus jeune et le plus grand des rois '.

C'est à vos soins, reine, qu'on doit la gloire De tant de grands exploits ;

Ils sont partout suivis de la victoire ; Et l'ordre merveilleux dont vous donnez ses lois Le rend et le plus jeune et le plus grand des rois.

LE SOLEIL

Voilà ce que je dis sans cesse Dans tout mon large tour.

Mais c'est trop retarder le jour ; Allons, muse, l'heure me presse.

Et ma rapidité Doit regagner le temps que sur cette province

Pour contempler ce prince

Je me suis arrêté.

(Le Soleil part avec rapidité, et enlève Melpomènc a\cc lui dans son char, pour aller publier ensemble la inônie chose au reste de l'univers. )

' On prononçait alors François, Anglais, ce qui était trj-sdur à l'oreille. On dit aujourd'iiui : Anglais et Français; mais les imprimeurs ne se sont pas encore défaits du ridicule usasc d'imprimer avec un o ce qu'on prononce avec un a : les Italiens ont eu plus de goût et de hardiesse; ils ont supprimé toutes les lettres qu'ils ne prononcent pas. (V.)

^ Racine a heureusement imité cet endroit dans sa Bérénice:

Parle ; peut-on le voir sans penser, comme moi, (Jn'en quelque obscurité que le ciel Teùt fait naître, Le monde, en le voyant, eût raconna son maître?

C'est là qu'on voit l'homme de goût et l'écrivain aussi délicat qu'élégant : il fait parler Bérénice de son amant : ce n'est point une louange vague, le sentiment seulagit, l'éloge part du cœur. Quelle prodigieuse différence entre ces vers charmants et ce refrain : // est le plus jeune et le plus grand des rois! (V.) — A quel propos Voltaire met-il ici les \ers de Racine en comparaison avec ceux de Corneille? Melpoméne, en parlant du jeune Louis, ne pouvait en parler comme Bérénice parle de sou amant. (P.)

FIJS DU l'HOLOGl'E.

ANDROMÈDE, ACTE 1, SCËiNE I

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