‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 906 sur 1093 · ANDROMÈDE, ACTE 1, SCENE III · texte numérisé non relu

ANDROMÈDE, ACTE 1, SCENE III

PHINEE.

Le tenter si souvent, c'est lasser sa clémence : ]] pourra vous punir de trop de confiance; Vouloir toujours faveur, c'est trop lui demander, Et c'est un crime enfin que de tant iiasarder. Mais quoi! n'est-il, seigneur, ni bonté paternelle, Ki tendresse du sang qui vous parle pour elle?

CÉPHÉE

Ah ! ne m'arrachez point mon sentiment secret. Phinée, il est tout vrai , je l'expose à regret. J'aime que votre amour en sa faveur me presse ; La nature en mon cœur avec lui s'intéresse; Mais elle ne saurait mettre d'accord en moi Les tendresses d'un père et les devoirs d'un roi ; Et par une justice à moi-même sévère , Je vous refuse en roi ce que je veux en père.

PHINÉE

Quelle est cette justice, et quelles sont ces lois Dont l'aveugle rigueur s'étend jusques aux rois?

CÉPHÉE. [mes,

Cellesquefontlesdieux , qui , tout rois que nous som- Punissent nos forfaits ainsi que ceux des hommes , Et qui ne nous font part de leur sacré pouvoir Que pour le mesurer aux règles du devoir. Que diraient mes sujets si je me faisais grâce , Et si , durant qu'au monstre ou expose leur race , Ils voyaient, par un droit tyrannique et honteux , Le crime en ma maison , et la peine sur eux ?

PHINÉE

Heureux sont les sujets, heureuses les provinces Dont le sang peut payer pour celui de leurs princes !

CÉPHÉE

Mais heureux est le prince , heureux sont ses projets , Quand il se fait justice ainsi qu'à ses sujets! IS'otre oracle, après tout, n'excepte point ma fille , Ses termes généraux comprennent ma famille ; Et ne confondre pas ce qu'il a confondu , C'est se mettre au-dessus du dieu qui l'a rendu.

PERSÉE

Seigneur, s'il m'est permis d'entendre votre oracle , Je crois qu'à sa prière il donne peu d'obstacle ' ; Il parle d'Andromède , il la nomme , il suffit , Arrêtez-vous pour elle à ce qu'il vous en dit; La séparer longtemps d'un amant si fidèle. C'est tout le châtiment qu'il semble vouloir d'elle. Différez sou hymen sans l'exposer au choix. Le ciel assez souvent , doux aux crimes des rois. Quand il leur a montré quelque légère haine ,

' • l'n oracle qui donne peu d'obstacle à une prière, s'arrêter à ce que l'oracle en dit, le ciel qui est doux aux crimes des rois, et qui, leur ayant nwntré une légère haine, répand le reste de la peine sur les sujets; lout ccin est d'un sljle bien incorrect, bien dur, bien obscur, bien barbare. (V.)

Répand sur leurs sujets le reste de leur peine '.

Vous prenez mal l'oracle ; et pour l'expliquer mieux , Sachez.... Mais quel éclat vient de frapper mes yeux ? D'oij partent ces longs traits de nouvelles lumières?

( Le ciel s'ouvre durant cette contestation du roi avec Phinée , et fait voir dans un profond éloignement l'étoile de Vénus qui sert de machine pour apporter celte déesse jusqu'au milieu du théâtre. Elle s'avance lentement sans qvie l'œil puisse découvrir à quoi elle est suspendue ; et cependant le peuple a loisir de lui adresser ses vœux par cet hymne que chantent les musiciens. )

PEBSÉE.

Du ciel qui vient d'ouvrir ses luisantes barrières , D'où quelque déité vient , ce semble, ici-bas Terminer elle-même entre vous ces débats.

CASSIOPE

Ah ! je la reconnais , la déesse d'Éryce ; C'est elle , c'est Vénus , à mes vœux si propice : Je vois dans ses regards mon bonheur renaissant. Peuple , faites des vœux, tandis qu'elle descend.

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